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Une passion

04 Sep 2020

Pourquoi apprends-tu l’italien ? Bonne question ! – Cela ne sert nulle part, sauf en Italie. Et je suis presque sûre de ne pas assez le maîtriser pour en faire une langue de travail.

Pourquoi alors ? – Parce que je trouve cette langue belle ! Simplement l’entendre – envoyer une phrase bien formulée – la passion véhiculée. Tout cela me porte. Me donne le sourire.

Cela ne sert à rien ? – Si, cela sert à me passionner ! Une passion ne s’explique pas. Elle se vit. Elle vous sert à vous sentir vivant.e. Basta !

Et vous ? Quelles sont les passions que vous avez mises de côté, faute de servir à quelque chose ?

Je vous invite à vous inscrire dès cette rentrée au cours de dessin, à chausser les chaussures de claquettes, à faire le voyage et à apprendre cette langue … car cela sert à vous donner le sourire de vous sentir vivre. Et c’est bien assez.

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: septembre 13, 2020 at 4:10

    Après deux ou trois ans d’analyse cette analysante me dit: il est peut être temps que j’arrête les séances, car bien que j’éprouve beaucoup de plaisir à venir ici, je n’en vois plus l’utilité car les problèmes pour lesquels je suis venu ici ont été résolus.

    L’utile, l’utilité est donc ici pointé comme une condition nécessaire et suffisante pour la poursuite ou l’arrêt d’une analyse. Le plaisir est clairement pour elle une raison non recevable. Ma relance fut alors que si le prétexte de l’utile faisait défaut à la poursuite de l’analyse, se pointait la réprobation du plaisir comme motif valable et recevable de sa poursuite: votre analyse va donc pouvoir commencer, lui dis je, puisqu’il est enfin pointé que le plaisir vous conduit à l’arrêt des séances: le plaisir va donc être évité phobiquement sans l’alibi rationalisateur de l’utile. Le plaisir était clairement exclu de la parole dans l’analyse; il n’avait pas sa place dans l’analyse et dans sa propre vie: une censure passée en partie inaperçue.

    « Playing and reality »: le jeu est essentiel pour l’enfant car il lui permet de découvrir et d’expérimenter le monde. Et pourtant, jouer est facilement taxable de non utile, comme pur plaisir. Le jeu comme n’importe quelle activité est une épreuve de l’étranger (c’est à dire culturelle) et associe ainsi utilité et plaisir. Le support de ce jeu (apprendre une langue, jouer de la musique, etc) est moins important que ce jeu et cet affrontement avec ce réel inconnu: il nous permet d’élargir notre monde.

    On pense à tort que c’est le contenu de l’activité qui importe et non l’activité elle-même en tant qu’elle elle une pédagogie de l’étranger c’est à dire un travail de culture. Mes petits-fils ont beaucoup de mal à considérer que toutes les matières apprises à l’école sont également intéressantes: leur credo c’est l’utile et pour eux si les SVT le sont, apprendre une langues étrangères comme l’allemand ne l’est pas. Pourtant ils admettent que certes le sport est utile mais que c’est avant tout un jeu et que le « jouer » (playING) procure du plaisir (qui vient s’opposer à l’utile si l’on admet que le plaisir ne peut se réduire à de l’utile !). Jouer pour un enfant est capital indépendamment de ce à quoi on joue: il nous permet, par essais et erreurs, d’essayer des stratégies et d’apprendre à prendre des décisions.

    Apprendre de langues mortes comme le latin ou le grec ancien est pointé comme inutile. Et pourtant l’étude de leur structure linguistique nous éduque comme l’histoire, avec ses reproductions structurelles, le fait. Certes elles ne sont plus utiles comme langues parlées actuelles, mais elles le sont d’un point point de vue structurelle inactuelle et éternelle (« Considérations inactuelles » de Nietzsche).

    « Cela ne sert à rien ? – Si, cela sert à me passionner ! Une passion ne s’explique pas. Elle se vit. Elle vous sert à vous sentir vivant.e. Basta ! »: phrase ambiguë dans le sens où passion provient de passif ce qui pour les Grecs étaient une atteinte à notre liberté. Est-ce que la passion est une conséquence de son objet , est-ce la découverte de l’italien qui me rend passionné ou est-ce la passion qui me fait me tourner vers l’italien: s’abandonner (activement) à l’italien, idée où la culture rejoint la sexualité comme plaisir ou jouissance d’un abandon recherché activement ?! On retrouve cette idée freudienne que la passivité n’existe pas car on se met toujours activement en position passive ! Alors soyons sous cet angle activement passionné, activement passif !

    L’utile serait un plaisir immédiat, immédiatement rentable conforme au principe de plaisir infantile « tout, tout de suite » », sans attente, sans délais. Le principe de réalité (qui est aussi de permettre que le plaisir dure dans le temps et ne soit pas un simple « one shot » !) demande un travail, un apprentissage: le plaisir de déguster un bon repas demande l’effort de se cultiver à l’art culinaire au delà du plaisir immédiat d’un Mac Do.

    Cette bulle est donc une invitation à se laisser pénétrer par le tout venant (dont l’italien), une invitation au sexuel au sens large comme structure de la pénétration avec jouissance (si je le veux bien, bien sûr !) !!!
    Deleuze faisait remarquer la morale hyper présente chez Sade avec ses listes d’ordre (ce qu’est la morale) résumés via un « Foutez, foutez et foutez » !). Ici la recommandation morale est « allez vous faire foutre » en apprenant l’italien, le dessin, les claquettes, etc. Reste à transformes cette morale en éthique (la jouissance de dire JE qui me libère de l’obéissance servile à une morale (qui est toujours de l’autre)): « le bonheur, si JE veux » et non si TU veux !

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