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La recommandation

17 Oct 2020

Mon hôte au B&B à Aoste est un guide touristique hors pair. Cesare écoute mes envies puis me concocte un programme sur mesure.

Grâce à lui, je fais une randonnée en altitude (qui me rappelle le chemin de Compostelle) et je me retrouve dans un restaurant étoilé complètement paumé pour déjeuner « car c’est tellement abordable à midi, vous verrez ».

Je me laisse porter par cet autochtone passionné et me retrouve – certes – avec des courbatures monumentales mais aussi avec la peau du ventre bien tendue, merci Cesare… Comme ça fait du bien de se laisser guider par un GPS. Car vous avez toujours le choix : le suivre, ou pas…

Et vous ? Entre les mains de quel GPS aimeriez-vous vous mettre en toute confiance ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: novembre 1, 2020 at 3:43

    Comme la plupart des objets que nous utilisons, le GPS n’est pas un problème en lui-même; par contre l’utilisation et l’interprétation que nous en faisons peut devenir vite problématique.

    C’est un peu le reproche que Nietzsche faisait à la méthode (« met hodos », soit « en suivant le chemin ») car suivre le GPS-méthode c’est prendre le risque de passer à côté de la culture avec sa part « d’épreuve de l’étranger » et d’imprévu qui demande de faire des pas de côté (surtout lorsqu’il y a une crevasse sur la trace GPS !); et ceci bien que la méthode soit rassurante car déjà éprouvée et expérimentée.

    « Comme ça fait du bien de se laisser guider par un GPS »: par un guide, oui; par un GPS c’est plus douteux car un GPS demandera toujours une interprétation !

    L’association (libre ?!) entre Compostelle et un guide métaphorisé par un GPS me laisse interrogatif ! Compostelle est l’idée d’un pèlerinage donc d’une rencontre avec le sacré c’est à dire avec ce qui est inaccessible, hors de soi, transcendant.
    Un guide réduit à un GPS peut inquiété même si notre monde contemporain sacralise la technique ! Mais la carte n’est pas le territoire, ce que nous enseigne très bien les lacunes d’un GPS sur un glacier crevassé. La carte n’est pas le territoire: le guide est plus qu’un GPS, c’est un GPS qui regarde où il met les pieds (enfin un ‘bon’ guide) ! D’où le danger (sur un glacier, par exemple) de suivre une trace GPS. Le guide, à la différence du GPS, est censé savoir où il met les pieds.

    Néanmoins il est évident que les exemples de sacralisation via un guide-GPS sont légions notamment dans le monde religieux: cf. Les guides… de la révolution… qui interprète ‘librement’ le GPS coranique. Bref il faut savoir se méfier quand un guide se prend pour un GPS c’est à dire pour une transcendance au savoir absolu: un GPS est aveugle et on espère que celui qui l’utilise ne le soit pas !
    C’est vrai qu’il y a quelque chose de sacré dans la technique en générale (certains ont défendu l’idée que la science et la technique ont remplacé Dieu au XX° siècle).

    Et nous ne sommes pas très loin de la différence entre la psychologie classique et ses dérivés actuels que sont certains coaches en développement personnel: ils détiennent un savoir sacralisé qu’ils distillent comme un GPS: une vérité à quelques mètres près.
    À cela réponds la position analytique qui refuse de penser à la place de l’autre en donnant de soit-disant ‘bons’ conseils… qui même s’ils sont effectivement ‘bons’, pertinents, ne sont jamais que MES conseils-GPS et non ceux de l’autre. Il peut être préférable que le GPS de l’autre soit plus imprécis si cela lui permet de développer son interprétation. Le GPS est donc un outil (certes très fiable) mais qui ne vaut que par l’interprétation-utilisation qu’on en fait. Cette démarche est actée dans cette bulle: « Cesare écoute mes envies puis me concocte un programme sur mesure ».  L’autre qui me guide est à MA mesure et non l’inverse à savoir que ce serait moi qui doive être à la mesure de cet autre GPS.

    « Et vous ? Entre les mains de quel GPS aimeriez-vous vous mettre en toute confiance ? »: de ce qui précède découle ma réponse: aucune main-GPS n’a la faveur de « toute » ma confiance. C’est pour la même raison que je suis agnostique car le GPS est une métaphore-allégorie de toute transcendance sacralisée c’est à dire de Dieu qui se réincarne ainsi sous une figure inattendue !

    Le GPS présente un inconvénient méthodologique dans tous les sens du terme. Le GPS nous indique un chemin (« hodos » de la « mét-hode » spatial (même si pour se faire il utilise le temps que mettent des signaux pour aller d’un lieu au satellites qui font les mesures) et spatialise la temporalité dirait Bergson; il ne tient pas compte de la « durée » c’est à dire du vécu personnel de ces temporalités…
    Kant avec sa droite du temps nous donne une précieuse indication sur l’inconvénient de spatialiser le temps (et dont le GPS est une illustration): quand je trace la droite du temps, j’enlève à la nature du temps quelque chose qui est propre à la figuration spatiale de cette droite: quand je la regarde, tous les points du temps me sont donnés en même temps, j’enlève au temps le successif du fait même de la simultanéité des points visibles sur la droite: la visualisation spatiale présente un biais pédagogique majeur puisqu’elle transforme du successif en simultané.
    Or une randonnée en montagne n’est pas que la suivie d’une trace, elle est ce que je vais faire de tous ces petit dx du calcul intégral. Tous ces dx auront une « durée » (au sens de Bergson, un vécu affectif subjectif)(là où s’inscrivent des courbatures et autres fatigues, par exemple) , un vécu personnel sans commune mesure avec le temps chronomértrique.

    Bien entendu, j’ai lu que devant ce guide-GPS on avait le choix de le suivre ou non (!) c’est à dire de le désacraliser. C’est exactement ce que Spinoza a fait avec l’idée de Dieu : il a osé ce sacrilège (pour certains jusqu’à l’excommunication) de la… désacralisation. En effet, avant lui Dieu était cet être sacré extérieur à nous qui nous dictait la ‘bonne’ voix(e)’ à suivre sous peine de décapitation (c’était une décapitation intellectuelle : « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde): croire est alors une invitation à faire le sacrifice de sa raison. Il est intéressant de noter que cette décapitation intellectuelle que je donne appartient au discours de la chrétienté (qui préférait le bucher pour les hérétiques !)… en ces temps de décapitation physique qui se prétendent d’influence islamique.
    Spinoza remplace cette transcendance par une immanence: « Deus siva natura », Dieu ou la Nature; or je suis une partie de cette Nature donc une partie de Dieu. Je dois interpréter le Dieu-GPS et non le suivre aveuglément comme pour toute transcendance. Je dois interpréter les GPS-caricatures et non m’aliéner aux interprétations qu’un clergé fascisant s’est autorisés à ma place (Nietzsche le dit en d’autres termes).

    « Grâce à lui, je fais une randonnée en altitude (qui me rappelle le chemin de Compostelle) « : le guide-GPS est le moyen d’un pèlerinage qui est l’idée d’un voyage fait par un croyant vers un lieu de dévotion et du sacré. Ces pèlerinages sont souvent le lieu d’un tourisme religieux fort rénumérateur. Cela n’est pas sans rappeler la critique faite par Adorno à l’industrie du disque gagnant de l’argent sur les chansons anti-guerre du Vietnam de Joan Baez.
    Le pèlerinage vers un lieu d’idolâtrie a été le précurseur de ces « pèlerinages armés » que furent les croisades… et des croisades au petit djihad, il y a comme un air de ressemblance… Donc là encore tout dépendra de l’interprétation que je donne du pèlerinage-GPS !

    Ce texte dit une vérité sur nos motivations à prendre de l’altitude ! Mais de l’altitude vers quoi ou par rapport à quoi ? Je crois qu’on aura deviné le message que j’essaie de faire passer: garder son esprit esprit critique, son libre arbitre par rapport à des transcendantes extérieures (pléonasme volontaire) qui se voudraient être des ordres à suivre… religieusement. Ne pas oublier qu’historiquement le « libre arbitre » fut inventé par les scientifique pour contrer le raisonnement religieux qui se voulait GPS (cf. Galilée et la Papauté).

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