Je philosophe, tu philosophes, il philosophe

22 Juin 2019

A la refonte de mon site des bulles de bonheur la rubrique « qui suis-je » a apparu. J’ai osé y écrire que je suis une philosophe du quotidien, sachant que philosophie veut dire « amour de la sagesse ».

Or, un sentiment d’imposture me rongeait, en Allemagne la philosophie n’étant pas une matière enseignée au bac. J’ai lu un nombre important de livres mais n’ai jamais eu de professeur.

Lors d’un dîner on me présente Patrick, philosophe ! J’ose demander des cours à Patrick. Mais l’éloignement et le temps joue contre nous.

Chaque semaine Patrick laisse un commentaire sous mon article du jour. Il tire le fil de mon histoire et ajoute une explication tirée de son expérience en tant que médecin généraliste, psychanalyste et philosophe. Expliquant ainsi les méandres sous-jacents de mes propos.

Je n’aurais pas pu imaginer meilleure façon d’apprendre les grands philosophes. C’est pratico-pratique, format « travaux appliqués ».

Et vous ? Qui s’occupe de votre éducation sous une forme innovante ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: juin 24, 2019 at 10:58

    « Je philosophe, tu philosophes, il philosophe »: quel joli titre !
    D’abord ce titre rappelle que tous les systèmes stables structurellement sont au minimum triadique: je-tu-il, sujet-verbe-complément (la grammaire), exécutif-législatif-judiciaire (Montesquieu), père-fils-saint esprit, ça-moi-surmoi, liberté-égalité-fraternité, rouge-vert-bleu, les trois pieds du tabouret, x-y-z, papa-maman-enfant, etc.
    Chez Paul Ricoeur cette triade je-tu-il fait partie de « l’intention éthique »: nécessité de dire JE (droit et devoir de dire JE), nécessité de dire TU comme réciprocité du JE, nécessité du IL, l’instance tierce pour départager JE et TU en cas de conflit.
    Lorsqu’on intervient en entreprise cette logique triadique est essentielle car bon nombre de problématique d’entreprise surviennent quand cette logique n’est pas respectée. C’est la logique du daltonisme ! Lorsque notre vision des couleurs, qui repose sur trois récepteurs distincts (rouge, vert, bleu) se voit pervertie (par une génétique déficiente) de par une collusion des récepteurs rouge et vert alors notre vision est perturbée. Ainsi en entreprise, il est nécessaire qu’à chaque niveau managérial cette triade soit respectée, car une relation duelle entre un manager et son subordonné peut à tout moment basculer dans la partialité et le « droit de cuissage », si une instance tierce ne peut intervenir dans les cas de nécessaires désaccords, afin de les rendre fructueux. C’est le seul moyen d’assurer une stabilité structurelle, c’est à dire indépendante des individus qui remplissent leur fonction. Il faut toujours introduire un TIERS.
    Sinon risque de dictature incestuelle ! Par exemple, dictature d’un des deux parents sur l’enfant si l’autre parent est aux abonnés absents ! (Toute ressemblance avec des personnes existantes ne saurait être que fortuite !). Par exemple, des « parents combinés » qui disent toujours la même chose à l’unisson à leur enfant (famille daltonienne par collusion du discours des deux parents qui en réalité n’en forme qu’un).

    Comme tu l’as dit j’ai fait toute ma carrière professionnelle comme médecin et psychanalyste (et parfois comme intervenant en entreprise dans la formation des managers). Donc je suis aussi un imposteur ! Mais alors on limiterait le titre de philosophe au philosophe de métier et non à une démarche de l’esprit indépendante, elle, du diplôme.
    Je suis donc un philosophe amateur qui essaie de respecter l’esprit de la philosophie: la sagesse. Mais alors qu’est-ce qu’être sage: « il serait fou de ne pas être fou » a t-on entendu. être fou et être capable de raisonner cette folie: peut être ce que propose Nietzsche: la folie de Dionysos (la démesure, la mélodie) légèrement controlé par Apollon (la raison, la mesure, le rythme). Finalement notre conflit interne entre ‘notre’ « ça » dionysiaque pulsionnel et notre « surmoi » apollinien raisonnable. Bref, comme le résumait Deleuze: « savoir boire, c’est savoir rester debout jusqu’au dernier verre » (sinon aucun intérêt d’être ivre mort comme Hemingway).
    La sagesse philosophique: un point de l’histoire de la psychanalyse nous intéresse ici: Freud, qui avait une grande culture philosophique, avait peur qu’on assimile la psychanalyse à UNE philosophie: pourquoi ?
    La réponse est (comme d’habitude) dans la question ! UNE philosphie alors que l’histoire de la philosophie est faite DES philosophies de leurs auteurs. Finalement la découverte de l’inconscient freudien est la découverte de la philosophe que j’exerce à l’insu de mon gré: ma vision (forcément subjective) du monde: « nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes » (Kant) ! Prises isolément chacune de nos philosophies sont ce qui nous gouverne, sont notre logique interne. Cette logique (surtout si elle nous est inconsciente) peut nous enfermer dans une logique, dans un systématisme quasi psychotique (dont les créationistes, dont les théories du complot, dont le pseudo-concept de race, etc.).
    Freud comprends vite que toutes nos productions sont des symptômes (« ce qui tombe avec »), au sens où elles témoignent de ce que nous sommes au plus profond de nous mêmes. C’est donc vrai pour la philosophie de chaque philosophe. Il ne fallait donc pas que la psychanalyse soit prise pour UNE philosophie supplémentaire qui enferme l’individu dans une théorie toute faite à l’avance (d’où le critère de non falsifiabilité de Popper comme critère de non scientificité), il ne fallait pas que la psychanalyse soit prise comme une vérité a priori de l’être humain, une vérité transcendante descendu de l’homme Freud. Ce qui nous intéresse c’est l’ensemble des philosophies comme témoignant de l’ensemble des réponses, des « tentatives de guérison » possibles. De connaître les différentes possibilités de réponses, ce serait cela la sagesse. Après nous sommes libres de choisir, parmi toutes ces possibilités, celle qui nous convient le mieux: encore faut-il avoir le choix !
    On sait que les grands philosophes étaient aussi des grands scientifiques: voilà l’un des ingrédients de la sagesse: être capable de repérer ce qui ne colle pas dans notre logique de raisonnement, ce qui coince dans notre moteur d’inférences. Freud en repère très tôt, l’un d’entre eux: « la maladie de la causalité » qui atteint son paroxysme dans la paranoïa (et ses représentants politiques actuels: c’est toujours la faute… de l’autre, tous bords politiques confondus).

    « Je n’aurais pas pu imaginer meilleure façon d’apprendre les grands philosophes. C’est pratico-pratique, format « travaux appliqués »: comme tu le sais, Rosemarie qui chemine avec moi (met-hodos: en suivant le chemin, d’où la « méthode ») dans la vie est elle une philosophe qui n’est pas un(e) imposteur-trice (ce féminin me choque car l’imposture est une fonction qui comme toutes les fonctions n’a pas de sexe !): docteur en philosophie de La Sorbonne : ça, ça fait pas amateur ou imposteur !
    Et pourtant, souvent Rosemarie me fait cette réflexion que mes deux fonctions de médecin et de psychanalyste ont fait de mon gout pour la philosophie justement une pratique « pratico-pratique », car mise à l’épreuve des faits, de l’autre comme speaking-partner. Donc comme le disait le pédiatre-psychanalyste anglais Winnicott : « merci à mes patients qui ont payé pour m’apprendre » !
    Etre analyste ou médecin ça n’est pas appliquer une théorie a priori sur la personne qu’on a devant soi, mais en l’écoutant, dégager ou l’aider à dégager la théorie implicite et/ou explicite contenue dans son propre discours (ainsi la théorie dégagée est la sienne et non la tienne via mes pré supposés). Finalement c’est un peu ainsi que nous fonctionnons tous les deux dans nos échanges de philosophes imposteurs, en nous renvoyant la balle. Il faut alors remarquer cette chose primordiale dans ce mode de fonctionnement: les deux membres de la cordée ainsi formée disparaissent comme individu dans cette unité active qu’est la cordée. « Ici-en-deux » est une belle expression du poète André du Bouchet. Cela rend caduque la notion de moi, de sujet au profit d’un jeu d’équipe où la dynamique de la passe doit l’emporter sur les individualités statiques. Et le but à marqué serait juste une certaine idée de la quête de la vérité toujours à peaufiner.

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