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Une mauvaise habitude

20 Nov 2020

Voici une invitation intéressante : réfléchissez à l’une de vos habitudes néfastes et accordez-lui toute votre attention.

Si par exemple vous voulez vous occuper de vous au lieu de vous laisser engloutir par le travail et être irascible, vous pouvez mettre votre réveil 2 fois par jour pour vous réserver un moment rien qu’à vous : Une sieste de 5 minutes, 1 bonne tasse de thé, une posture de yoga, appeler des amis…

Pour ma part, j’ai la fâcheuse habitude de penser que tout est toujours de ma faute. Je suis coupable du malheur des autres sans avoir été ni entendue, ni jugée.

Alors j’ai décidé que pendant 21 jours – le temps qu’il faut pour ancrer une nouvelle habitude – je vais analyser chaque soir – RDV dans mon calendrier à l’appui – si, ou quand, j’ai encore subi mon propre jugement.

Et vous ? Qu’est-ce qui mériterait toute votre attention ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: novembre 22, 2020 at 1:19

    « … tout est toujours de ma faute. Je suis coupable du malheur des autres sans avoir été ni entendue, ni jugée. 
    « : Je dois à la lecture du psychanalyste français Conrad Stein d’avoir vraiment compris, qu’hormis les rares cas où nous étions vraiment coupables (par exemple, conduire en état d’ivresse), se cachait derrière les culpabilités que tu abordes ici, le désir d’être coupable, c’est à dire le désir d’être la cause unique de… (peu importe de quoi !): bref d’être Dieu omniscient et omnipotent, Dieu cause de toute chose (et « asile de l’ignorance » pour Spinoza) ! Surtout ne pas laisser aux autres la moindre chance de prendre conscience de leur propre participation dans ce qu’ils leur arrivent, d’heureux comme de malheureux ! Tout ce qu’ils leurs arrivent doit être sous ma responsabilité, sous ma coupe (l’impératif catégorique kantien avec Sade ! (Lacan))

    Le désir de toute puissance est d’ailleurs noté dans ta propre réflexion, car je me sens et me rends responsable, coupable alors même que les autres ne m’ont rien dit: je suis donc juge et parti, les autres n’existent pas dans cette culpabilité, je subviens à ma propre culpabilité dans le mépris total des autres qui ainsi compte pour du beurre !

    Il est vrai que le désir de régner en Dieu et maître sur la vie d’autrui nous est profondément interdit par notre surmoi: il faut donc trouver un subterfuge pour contourner notre censure interne. Et ce sera la culpabilité: ainsi mon désir d’être la cause de ce qui arrive aux autres, désir de mise en tutelle, de mise à merci (de ce point de vue les cadeaux de Noël font aussi bien l’affaire: l’autre devra me dire merci et donc être à ma merci…! Cf. Le « potlacht » décrit par Marcel Mauss dans son « essais sur le don » de 1924), ainsi ce désir se déguise en reproche que je me fais à moi-même: astucieuse la censure ! D’où la conclusion de Lacan: « on n’est jamais coupable que d’avoir céder sur ses désirs »: céder peut s’entendre dans deux acceptations: 1/ j’ai refoulé mon désir, qui ainsi ne peut être satisfait, et je m’en veux, je m’en rends responsable et coupable 2/ je suis coupable d’avoir réalisé mon désir d’omnipotence sur l’autre, justement en m’accusant d’être coupable c’est à dire d’être la cause unique de ce qu’il lui arrive… et je m’accuse (à juste titre !) d’avoir réalisé un désir pas très politiquement correct !

    « … je vais analyser chaque soir – RDV dans mon calendrier à l’appui – si, ou quand, j’ai encore subi mon propre jugement. 
    « : tu abordes par deux mots (penser et juger) une distinction majeure que l’on doit au philosophe mathématicien allemand Frege. Penser consiste à émettre et à saisir des articulations d’idées: je vois des nuages et la pensée me vient qu’il pourrait pleuvoir. Juger c’est affirmer que cette pensée ou la pensée horaire est vraie.
    Dans l’exemple ci-dessus: ça (pronom indéterminé, indéfini) pense au désir de toute puissance et je juge que je suis coupable (mais j’ignore la pensée inconsciente que je juge coupable). Finalement c’est mon jugement propre (sans celui des autres) qui vient me permettre de prendre conscience de mes pensées cachées.
    Mais ce n’est pas tout « … je vais analyser… si, ou quand, j’ai encore subi mon propre jugement »: de ce qui a été dit ci-dessus il apparait que la problématique à dégager est moins celle que tu nous proposes (« si, ou quand, j’ai encore subi mon propre jugement ») que celle qui consiste à comprendre le sens cachée de ce jugement négatif (c’est à dire « être la cause de… »). Dans « analyse » il y a « lyse »: il faut que je déconstruise ce jugement de culpabilité. À savoir que derrière cette apparence de jugement j’exprime un désir que je réprouve en même temps que je le satisfais par cette culpabilité !
    Le danger serait qu’en même qu’une certaine analyse m’amènerait à évacuer mon jugement, j’évacue le désir légitime que j’exprime derrière cette culpabilité. Prenant alors conscience de ce désir, je récupèrerais la possibilité, c’est à dire la liberté, de décider en toute connaissance de cause, si je satisfais ou non ce désir de toute puissance hégémonique ! (Par exemple, en exprimant celle-ci sous la forme d’un sommet à gravir ou d’une personne à séduire (!) plutôt que d’une culpabilité morbide !).
    Ainsi je m’aperçois que ce « réfléchissez à l’une de vos habitudes néfastes » n’était néfaste que dans ma tête et celle de mon « surmoi » ce persécuteur interne !

    « Et vous ? Qu’est-ce qui mériterait toute votre attention ? « : ce qui vient d’être dit ci-dessus !!!

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