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Les « Big Five »

26 Mar 2021

Lors d’un safari en Afrique, le chasseur de photos doit avoir vu ce qu’on appelle les BIG FIVE : le lion, le léopard, le rhinocéros, le buffle et l’éléphant.

Une fois ces clichés en poche, il peut rentrer avec son graal. 

John Strelecky utilise cette analogie dans son livre « The Big FIVE for life » : quelles sont les cinq choses que vous voulez avoir accomplies avant de quitter ce monde ? 

Il ne s’agit pas ici de ce qu’on appelle communément la « bucket list », soit toutes les choses à FAIRE avant de mourir, mais plutôt nos réalisations.

Des accomplissements comme avoir élevé nos enfants en adultes responsables. Avoir apporté de l’humour dans notre environnement. Avoir contribué à une cause. Ou simplement avoir fait le tour du monde.

Tellement occupés à répondre aux stimuli quotidiens, nous sommes souvent en mode réaction à ce que la vie nous propose.

Envie de renverser la tendance et de réfléchir à vos « BIG FIVE for life » ?

(Pour écouter cette bulle sur YouTube, c’est par ici)

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: mars 28, 2021 at 10:40

    « … nous sommes souvent en mode réaction à ce que la vie nous propose.
    Envie de renverser la tendance et de réfléchir à vos « BIG FIVE for life » ? »: le mode « réaction » est à juste titre dénoncé car il est une aliénation à l’objet contre lequel on réagit: « s’opposer est la même chose qu’imiter, c’est même imiter le contraire » (Lichtenberg). Déjà Nietzsche fustigeait ceux qui sont « pour ce qui est contre et contre ce qui est pour ». C’est pour cette raison qu’il admirait Voltaire (avec lequel il n’était pourtant pas d’accord) car celui-ci traçait sa propre route d’esprit libre.
    Le risque de celui qui fait croire qu’il est un libre penseur est qu’en fait il est juste un mutin… de Panurge ! À cela réponds l’esprit libre de Voltaire.
    Or c’est le risque de « renverser la tendance », que d’être une réaction (réaction) et non une réponse (answer).

    À moins que par « renverser la tendance » on entende abandonner l’horizon des « Big Five », comme métaphore de l’abandon de tout objectif trop précis c’est à dire trop polarisant. C’est déjà ce thème que nous avions abordé à propos du voyage: pour certains voyager se définit par rapport à l’endroit de départ et d’arriver (comme objectif), pour d’autres (Nietzsche) le vrai voyage consiste à larguer les amarres sans espoir d’arriver: partir pour partir, à l’instar de la « libre association » de la psychanalyse (parler pour parler sans objectif particulier).
    L’objectif a un sens dans la vie professionnelle (souvent réduit à faire de l’argent !). Mais il est d’autres domaines où l’idée même d’objectif est une téléonomie qui nous emprisonne sur la route de l’objectif: c’est ainsi que la psychanalyse se refuse d’avoir un objectif, fut il de guérir… car c’est à l’analysant d’avoir éventuellement ce désir et non à l’analyste d’avoir ce désir-objectif à sa place ; et donc le priver l’analysant de l’autonomie de son propre désir (dont celui de rester éventuellement dans sa souffrance qu’il aime bien car familière alors que la guérison serait trop angoissante car l’entrainant dans un univers étranger).
    D’ailleurs les libres associations de cette bulle présentent l’intérêt de pointer le côté « safari » des objectifs ! Je me fixe un objectif pour aller chasser cette proie qu’est l’objectif: satisfaire mon côté prédateur !

    « Il ne s’agit pas ici de ce qu’on appelle communément la « bucket list », soit toutes les choses à FAIRE avant de mourir »: ce propos pourrait s’entendre comme une « dénégation »: en niant (la bucket list des Big Five) je révèle quelque chose qui me préoccupe même si c’est en le niant. Le safari photo est bien une chasse visuelle boulimique et prédatrice (sublimation) ! Quand je parle du lion, du léopard, du rhinocéros, du buffle et de l’éléphant, je parle d’animaux prestigieux à la force enviable (équivalent phallique !). Et nos objectifs sont souvent de cet ordre.

    Et c’est là où ton exemple comme « Des accomplissements comme avoir élevé nos enfants en adultes responsables » prend tout son sens: toute la difficulté à être parent tient dans le fait que les rendre autonome nous demande de ne pas leurs fixer des objectifs à leur place… à ne pas désirer pour eux (et à leur place) des Big Five ou autres objectifs équivalents.

    J’applaudis à l’objectif de l’humour car l’humour pointe plus un processus, une manière d’être, une philosophie analytique de la vie qu’un objectif: en effet, ce processus est indépendant de l’objet-objectif sur lequel cet humour va s’appliquer: c’est l’objectif… d’un processus !: « En logique, processus et résultat sont équivalents » Wittgenstein. Or trop souvent (hélas) on pointe l’objectif en le dissociant du processus qui en permet la réalisation: on tombe alors dans « la fin justifie les moyens » (real politic) alors que la mise en valeur du processus pointe l’idée que « la fin ne justifie pas les moyens car la fin est dans les moyens » (Michel Neyraud).



  2. Patrick Bourg Says: mars 28, 2021 at 11:07

    Last but not least: le psychanalyste Wladimir Granoff faisait remarquer que pour beaucoup de (faux) voyageurs, voyager consistait à aller vérifier sur place que ce qui se trouve dans le catalogue y est bien ! Donc une compulsion obsessionnelle vérificatrice; à l’instar de certains qui vérifient dix fois que la porte d’entrée est bien fermée avant de pouvoir aller se coucher et de s’abandonner aux bras de Morphée avec ses petites morts !
    Et c’est une réponse à John Strelecky que tu cites: « les cinq choses que vous voulez avoir accomplies avant de quitter ce monde » peuvent être vu comme un rituel conjuratoire obsessionnel contre l’angoisse de la mort; à l’instar du « carpe diem » des stoïciens qui lui aussi consiste à se dire: vivons dans l’urgence car la mort nous attends ! La réaction symétrique des chrétiens n’est pas meilleure (car structurellement identique): j’ai tellement peur de la mort que je m’invente une vie éternelle, de préférence au paradis !
    J’aurais tendance à préférer la position de Voltaire avec son Candide qui émet le souhait que la mort puisse le surprenne en train de « cultiver son jardin »: j’y voit l’idée, l’allégorie que se contenter de vivre (délivré des objectifs glorieux des Big Five) est peut être le meilleur moyen de vivre sans s’aliéner trop à l’angoisse de la mort, via de nombreux actes conjuratoires inconscients (dont ceux des objectifs des Big Five).

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