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Laisser mûrir

10 Avr 2021

Le XXIème siècle ne semble pas être celui de la patience. Nous tirons sur le gazon pour qu’il pousse plus vite au lieu de laisser la nature faire son œuvre.

Pressés de voir le résultat, nous oublions de profiter du chemin riche d’enseignements. Nous nous contentons de résultats obtenus en force, souvent bons mais rarement excellents.

Michel-Ange ne regardait pas sa montre pour livrer ses chefs-d’œuvre à temps.

Rester en silence devant l’écran jusqu’à ce qu’émerge une idée qui nous enchante ?
Chercher l’adverbe qui précise en finesse notre propos ?

Et si nous levions le pied pour savourer le processus ?
Envie de faire l’éloge de la lenteur ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: avril 11, 2021 at 9:46

    « Pressés de voir le résultat, nous oublions de profiter du chemin riche d’enseignements »: oui et c’est l’un des thèmes principaux que je développe dans mes commentaires de tes bulles: l’immanence de la démarche, du processus plutôt que la transcendance du sommet, du résultat: et le succès, comme la guérison, de surcroit (sur un air de Lacan)!
    « En logique, 
processus et résultat
sont équivalents.
(De ce fait point de surprise)»
Wittgenstein
    C’est ce que nous apprends le calcul intégral: c’est l’intégration de tout les petits dx qui nous mène au résultat; et aucun de ces pas n’est plus important que l’autre, car ils sont tous nécessaire.
    « La fin ne justifie pas les moyens car la fin est les moyens » (Michel Neyraud), ne dit rien d’autre. L’Himalaya en style alpin, (sans oxygène, sans Sherpa, sans l’appui de l’armée) n’est pas le même Himalaya que celui avec oxygène et les nombreux sherpas qui portent à ma place.

    « Envie de faire l’éloge de la lenteur ? »: avec la lenteur, il y a un indéniable progrès mais on est encore dans le temps chronométrique. « Michel-Ange ne regardait pas sa montre » nous dit que le processus (ici de création) est hors du temps chronométrique. « Le concept est le temps de la chose » (Hegel): temps atemporel, non chronométrique. « L’inconscient ne connait pas le temps » (Freud).
    Le temps chronométrique, c’est le Dieu Chronos qui mangent ses enfants par peur que ces derniers ne le tuent… Certains grecs écrivaient des mythologies en lieu et place de livre de philosophie: ici c’est clair, Chronos vous dévore, dévore ses enfants. La lenteur c’est encore trop, il faut tuer Chronos, le temps chronométrique.
    « Time is money »: toute la perversion chronométrique et boulimique de notre société de consommation; d’une société chronométrique qui mange ses enfants.

    « Rester en silence devant l’écran jusqu’à ce qu’émerge une idée qui nous enchante ? Chercher l’adverbe qui précise en finesse notre propos ? »: nous y voilà, faire émerger le qualitatif (dont celui du concept), là où le temps chronométrique nous immobilise dans le quantitatif du temps de l’exploit (avec ou sans dopage !).

    « Rester en silence… »: le difficile pari de la psychanalyse qui vaut au psychanalyste le courroux de l’analysant, pressé d’un résultat sans démarche (ou alors que celle-ci soit faite par l’analyste dont on veut rester l’enfant). Oui le silence, la page blanche, comme cadre nécessaire à l’émergence de mon autonomie.
    Ce silence se heurte à la rentabilité souhaitée pour le résultat de la psychothérapie: que ça aille vite, même si cette vitesse se fait au détriment de ma propre réflexion. Or le « je pense, j’existe » de Descartes implique, jusqu’à Freud, que j’ose penser par moi-même (ce qui prends du temps et même si je dis des bêtises, autant que ce soient les miennes plutôt que celles d’un autre, fut il analyste ou gourou). La suspension du temps chronométrique, dont le silence est une image, est le garant de ma naissance à la parole, de mon auto-nomie.

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