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Gontran Bonheur

31 Oct 2020

Je suis chanceuse. Le « Gontran Bonheur » de Disney, version féminine et sans les plumes du canard. 

Ce n’est pas parce que je gagne régulièrement à la loterie ou parce que je trouve un diamant par terre. 

C’est que j’ai le don de me réjouir. 

Me réjouir d’un plat bien présenté. Me réjouir d’une recommandation pour aller dîner. Savourer la vue d’une montagne majestueuse. Goûter au plaisir de rire sans raison apparente. Me poser et me dire : quel bonheur ! 

Donc oui, avec Gontran, je partage la même initiale. Et rien ni personne ne peut se mettre entre moi et mon bonheur. C’est mon choix ! 

Et vous, à qui allez-vous refuser la permission de s’interposer entre vous et votre bonheur ? 

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: novembre 1, 2020 at 3:24

    « C’est que j’ai le don de me réjouir. »: Montaigne conclut quelque part en écrivant »… et moi donc j’aime la vie ».

    Le don de se réjouir ou d’aimer la vie est premier. Premier voulant dire que ma capacité à la réjouissance et à l’amour de la vie ne sont pas second c’est à dire des conséquences d’ occurrences de vie heureuse, n’ont pas de causes externes. C’est un état d’esprit préalable à toute expérience de la vie: premier donc. Ce don m’est immanent (c’est ce que veut dire premier) et en aucune façon n’est la conséquence d’une transcendance c’est à dire d’un événement extérieur à moi.

    On retrouve cette idée chez un certain nombre de penseur:
    Le plus célèbre et l’un des premiers est sans doute Spinoza: « nous ne désirons (haïssons) pas une chose parce qu’elle nous est bonne (mauvaise), mais au contraire, c’st parce que nous la désirons (haïssons)nous la disons être bonne (mauvaise) » (l’ajout entre parenthèse est de moi). C’est une position anti paranoïaque, c’est la conscience de notre nature projective dans notre rapport au monde: je projette sur le monde ma nature heureuse ou malheureuse. C’est ce que tu dis pour moi dans ta bulle, autrement dit ton art de buller !
    Schopenhauer (célibataire endurci) a aussi eu cette intuition qui a influencé Freud: « mariez vous, vous serez déçu, ne vous mariez pas, vous serez également déçu: mariez vous, ne vous mariez pas vous serez également déçu ». Voilà une manière très claire de postuler que la déception est première et n’est pas la conséquence de d’être marié ou non !
    Freud en tirera l’idée justement que nos capacités à l’amour ou à la haine sont premières et indépendantes de la réalité extérieure. Il en tirera l’idée de notre rapport projectif au monde.
    L’équivalent de cette pensée se retrouve chez Nietzsche (« la généalogie de la morale ») dans l’idée que l’être humain est un « homme du ressentiment »: cette capacité au ressentiment est première et constitue une quasi-paranoïa: c’est une preuve par l’autre. L’autre me déçoit (je trouve toujours à rationaliser ma déception c’est à dire à trouver un objet conforme à ma déception première). La chrétienté a promu l’idée que globalement, depuis Adam et Eve, c’est toujours la faute de quelqu’un !
    « Tatie Danielle », la paranoïaque du film d’Etienne Chatllez est très bien résumée dans la bande annonce du film: « elle ne vous connait pas mais vous hait déjà » ! Chez d’autre se sera « elle ne vous connait pas mais vous aime déjà » ! C’est plus agréable mais pas forcément moins dangereux (l’idéalisme amoureux, pour romantique qu’il soit, peut vite se retourner en paranoïa meurtrière… car dans les deux l’autre n’est pas haït ou aimé pour ce qu’il est, mais pour ce que je crois qu’il est, via une projection en mal comme en bien, qui s’ignore)…
    Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, vient de sortir chez Gallimard un livre intitulé « Ci-gît l’amer: guérir du ressentiment » (et dont ta bulle, tout au goût pour le bonheur, serait une antithèse). Elle montre comment, à l’inverse de ta bulle, certains sont prisonniers d’une déception permanente, d’une « pulsion ressentimiste » qui les aliène à une accusation permanente des autres vécus comme nocifs; car ils sont incapables de percevoir leur projection pessimiste et accusatrice d’un ressentiment premier et préalable donc à toute expérience du monde.

    « Et vous, à qui allez-vous refuser la permission de s’interposer entre vous et votre bonheur ? « : de ce qui précède découle l’idée que moi seul peut se mettre entre moi et mon bonheur ! Ainsi le diable (cet autre en moi !) qui dit « je suis celui qui TOUJOURS dit NON »: il y aura toujours entre lui et le monde cette pétition de principe d’un NON systématique.

    Mais est-ce alors à dire qu’un OUI systématique serait mieux, à l’instar d’un optimisme qui serait préférable à un pessimisme ? La certitude d’un bonheur, basé sur l’a certitude que tout va aller bien, étant vécu comme préférable à la certitude d’un malheur ,basé sur la certitude que tout va aller mal ? Et bien on peut penser qu’il faut renvoyer ces deux attitudes dos à dos: LE NOCIF EST DANS LE SYSTÉMATISME (QUI RESSEMBLE À UN INTÉGRISME) D’UN TOUJOURS OU D’UN JAMAIS, car déconnecté du monde ambiant (puisqu’il est déjà là présent avant même l’expérience du monde, et sa mise à l’épreuve).
    C’est ainsi qu’un intégrisme du bonheur se fait jour dans certaines arcanes du développement personnel, promptent à nous asséner les recettes pour être heureux. Le bonheur n’est plus alors « si je veux », c’est une obligation politiquement correcte !
    Par contre « le bonheur si je veux » d’un Montaigne me semble fort louable.

    En conclusion, non seulement il ne faut pas que je laisse quoi que ce soit s’interposer entre moi et le bonheur qui m’est utile: mais y compris le concept de bonheur lui-même lorsqu’il devient un slogan, « un objet totalitaire unique » auquel je dois me plier jusqu’à en être esclave… Certaine forme de bonheur sont actuellement le nouvel « opium du peuple » avec ses promesses d’endorphines extatiques !!!
    Le bonheur critiquable dont je parle ici est celui définit à dessein par Kant comme « adhésion sans heur d’un sujet à sa vie », un bonheur style « pas de vague »; et pour cette raison présenté par Sartre comme incompatible avec le désir qui, lui, fait toujours des vagues avec ses hauts et ses bas.
    Boire ou conduire il faut choisir, désirer ou être heureux, il faut choisir. Maintenant si on parle de « petit bonheur » alors on se rapproche de » ce qu’on appelle « désir ».

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