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100 dollars !

10 Déc 2020

Un professeur en développement personnel montre à ses étudiants un billet de 100$. Il explique qu’un des élèves partira du cours avec le billet si -et seulement si- il pose la bonne question.

Les mains se lèvent et les questions fusent : « comment puis-je l’obtenir ? » « Quelle est la bonne question ? » … le prof continue à secouer la tête.

Un étudiant souriant au fond de la classe lève la main et demande avec assurance : « Que faites-vous exactement avec mon billet de 100$ ? »

Le professeur le rejoint au fond et lui passe le billet. – Pourquoi ? Parce que l’étudiant a pris la posture de celui qui en était déjà le propriétaire !

Visualiser votre travail de rêve, sentir l’encre sur le contrat, entendre les louanges sur votre œuvre sont des façons de revendiquer votre futur.

Et vous ? Qu’aimeriez-vous revendiquer comme vôtre présentement ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: décembre 20, 2020 at 3:42

    Bulle très pédagogique car très provoquante !
    Pédagogique car elle est la dénonciation (volontaire ou non ?!) d’un certain type de développement personnel majoritaire: celui qui fait du développement personnel en se rangeant du côté des SACHANTS et qui effectivement connaissent, eux, les ‘bonnes’ questions et donc les ‘bonnes’ réponses (ce qu’on appelle des moralistes… comme Sade): Lacan parlant de certains universitaires français les appelait des « suffisances » !!!
    Les 100$ iront à celui qui a la bonne réponse et la bonne réponse est… la mienne. On est pas très d’une idéologie fascisante c’est à dire perverse (je pense à ce grand philosophe moraliste: Sade !)… J’ai la clef et vous n’êtes que des serrures ignorantes sans moi !
    Et l’étudiant qui pose la ‘bonne’ question en est le fidèle miroir pervers: « Parce que l’étudiant a pris la posture de celui qui en était déjà le propriétaire ! ».

    « … sentir l’encre sur le contrat, entendre les louanges sur votre œuvre sont des façons de revendiquer votre futur »:
    – voilà le credo d’un certain pragmatisme: « la fin justifie les moyens ». Il y a pourtant des gens qui opposent à cette perversion narcissique l’idée que « la fin ne justifie pas les moyens car la fin est dans les moyens ». M’approprier 100$ en faisant fi des autres étudiants et en déclarant d’emblée que ce sont les miens (et que cela plaise ou non aux autres étudiants présents) est une perversion dans tous les sens du terme.
    – Cela pose une problématique plus générale: les moyens, le processus vs le résultat, la finalité, l’objectif; l’immanence d’une démarche vs la transcendance du résultat.
    « … entendre les louanges sur votre œuvre sont des façons de revendiquer votre futur. »: c’est prôner l’espérance du résultat (posé comme acquis à l’instar du billet de 100$) en lieu et place de la démarche, du processus pour y arriver: cela est potentiellement dangereux car, outre le fait que l’attention se déplace sur le résultat (vendre la peau de l’ours… avant de l’avoir tué) au lieu de se concentrer sur l’instant de la tâche à réaliser. La peur de perdre, de ne pas atteindre l’objectif risque de faire trembler ou de distraire du geste pertinent.

    « Qu’aimeriez-vous revendiquer comme vôtre présentement ? »:
    surtout ne pas revendiquer ! Pour paraphraser (à peine !) Nietzsche, revendiquer est toujours la revendication d’un dû, c’est un infantilisme qui donnera plus tard un syndicalISME radical comme certains français savent si bien le faire (à la différence des allemands !). Revendiquer c’est cet infantilisme qui consiste à attendre des autres… ce qu’on pourrait faire soi-même ! C’est ce qui est l’expression du « réactionnaire » selon Nietzsche c’est à dire celui qui explique ses malheurs par l’autre qui est toujours insuffisant et lui la victime: c’est cela « l’homme du ressentiment » dénoncé par Nietzsche comme reliquat de la chrétienté ! C’est toujours à cause de l’autre: la preuve, Adam et Eve…!
    Revendiquer est une plaie qui favorise une « mentalité d’esclave » (Nietzsche encore) et qui nous empêche d’être des Spartaccus. Revendiquer c’est l’espoir de ce que fera l’autre pour moi dans le futur et qui remplace ce que je pourrais faire moi-même, ici et maintenant, sans délais.
    Lire le livre actuel de Cynthia Fleury chez Gallimard: « ci-gît l’amer: guérir du ressentiment ».

    Last but not least, revendiquer c’est attendre, c’est procrastiner en attendant l’autre: juste la position de l’enfant qui a été (trop) élever dans l’idéologie de l’attente: d’abord un « attends » devant son pulsionnel trop fougueux, puis cette attente intolérable du tabou de l’inceste: l’enfant devra attendre pour se faire aimer par quelqu’un d’autre, attendre que maman est fini de jouer avec papa… lui qui a vécu dans l’attente d’un amour impossible, dans la déception qu’un morceau de sa mère qui lui manque… alors que papa y a droit: un scandale !!! Ce thème de l’attente et de la revendication fera retour dans l’humanité de façon universelle via l’amour: « l’amoureux est celui qui attends » nous dit Roland Barthes dans ce chef d’oeuvre qu’est « Fragment d’un discours amoureux ».

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