Votre puzzle

12 Jan 2019

Les enfants sont généralement malins. Ils apprennent vite où aller pour obtenir ce qu’ils veulent. Besoin d’argent de poche : petit tour chez la marraine, un câlin : mamie, une oreille compatissante et discrète: tantine.

Les enfants savent utiliser leur réseau mais dès qu’ils se marient, ils semblent tout attendre de leur conjoint. Pourtant, rares sont ceux qui cumulent les talents de Scarlett Johansson et Angela Merkel ou encore de Batman et Mark Zuckerberg.

Pourquoi cesser de développer et utiliser un puzzle de ressources pour satisfaire nos besoins ? Pourquoi se reposer sur une seule personne et lui enlever toutes chances de nous satisfaire ? Elle ne veut pas vous gratter le dos ? – allez vous faire faire un massage messieurs ! Il n’a pas envie de sortir en boite ? – allez-y avec une copine mesdames !

Quelles pièces manquent encore à votre puzzle personnel ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Bourg Patrick Says: janvier 30, 2019 at 11:29

    « votre puzzle »: l’oxymore de l’être humain qui a la folie de se prendre pour soi !

    « Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;

    Si je pense, si je ressens, j’ignore

    Qui est celui qui pense, qui ressent.

    Je suis seulement le lieu

    Où l’on pense, où l’on ressent.. »
    — Version du  » je est un autre » rimbaldien de Ricardo Reis, double philosophe de Fernando Pessoa
    «Je suis les alentours d’une ville qui n’existe pas, le commentaire prolixe d’un livre non écrit, je ne suis personne, absolument personne»
    Le livre de l’intranquilité

    « Je suis un évadé, dès que je suis née, en moi l’on m’a enfermé. Oui mais je me suis enfui. Être UN c’est une prison, être moi c’est ne pas être, je vivrais dans la fuite mais pour de bon » Pessoa (des philosophes comme Pessoa et Kierkegaard ont écrit sous de très nombreux hétéronomes pour dénoncer l’escroquerie du MOI ! Je suis un puzzle de chose et vouloir croire que je suis l’unité qui réunit les morceaux de puzzle est proche d’une volonté mégalomane: déjà Hume avait eu l’idée que l’homme avait inventé le moi pour être la volonté cause de lui-même !)

    « Ah mais l’ennui c’est cela, simplement cela. C’est que dans tout ce qui existe -ciel, terre, univers- dans tout cela, il n’y ait que moi ! » Pessoa
    « le moi apparait en philosophie du fait que le monde est notre propre monde » Wittgenstein (1889-1951)

    «Vivre c’est être un autre et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme on a senti hier. Sentir aujourd’hui comme on a senti hier, ça n’est pas sentir, c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie. Tout effacer sur le tableau, du jour au lendemain se retrouver neuf à chaque aurore dans la revirginité perpétuelle de l’émotion. Voilà et voilà seulement ce qui vaut la peine d’être ou d’avoir pour être ou avoir ce qu’imparfaitement nous sommes… Ce qui sera demain sera autre et ce que je verrais sera vu par des yeux recomposés, emplis d’une vision nouvelle… Vous n’êtes aujourd’hui, vous n’êtes moi que parce que je vous vois. Vous serez demain ce que je serais et je vous aime voyageurs penchés sur le bastingage comme un navire en mer croise un autre navire laissant sur son passage des regrets inconnus» Pessoa

    • Gundula Welti Says: janvier 30, 2019 at 7:46

      Quel puits de science! Merci Patrick.

      • L’idée c’est que notre fameux complexe de castration nous fait toujours désirer le morceau (de puzzle) qui nous manque ou alors nous fait craindre de perdre les morceaux qu’on a déjà ! Une certaine sérénité advient lorsqu’on arrive à s’envisager comme pouvant vivre incomplet, avec des morceaux manquants. Ce serait même cela accepter son féminin (que l’on soit homme ou femme anatomiquement). MOI JE PERSONNELLEMENT serait plutôt du côté du phallique prétentieux ! Le MOI est une quasi escroquerie intellectuelle qui m’empêche d’exister: faut il rappeler qu’exister c’est ek-sistere (Heidegger), c’est à dire ‘être posé à partir de l’extérieur’, je n’existe pas en dehors du regard des autres. Je n’existe pas en dehors du champ gravitationnelle de la langue que je parle, et qui pré existe à ma naissance. Dénoncé la folie qu’il y a à se prendre pour soi est donc une urgence absolue ! Il ya d’ailleurs une expression qui nous mets sur la voie: « être soi-même EN PERSONNE »; ‘personne ‘ étant un mot qui simultanément veut dire quelqu’un et personne !!! Une autre manière de le dire serait de dire je ne suis rien c’est à dire à la fois rien (nada, nothing) et un petit rien… qui est quand même quelque chose !
        Le moi peut être conçu soit dans une version psychologique (qui n’est pas ma tasse de thé, tu l’as compris) et alors je suis (hélas) effectivement je, moi, personnellement (une impasse), soit dans une version psycho-dynamique (c’est à dire psychanalytique) et le moi est alors métaphoriser par un carrefour (run about) auquel et duquel entrent et partent de nombreuses routes, qui figurent mes liens aux autres et qui me constituent. Les psychologues confondent l’image du carrefour avec le moi, les psychanalystes eux s’intéressent à la structure (au sens structuraliste du mot) du carrefour, indépendamment de ce carrefour précis, ils s’intéressent à la dynamique inhérente à tous les carrefours avec ses intrants et ses extrants.
        Vive les puzzles qu’on ne termine jamais, vive les oeuvres d’art inachevées, vive le féminin avec ses morceaux manquants (du moins ceux qui échappent à la vue ou à toute théorisation) ! Et Pessoa le philosophe poète l’a tellement bien dit…
        Le contraire de ceci ce sont tous ces -ISMES comme nationalisme, communautarisme qui prône la dictature du même, de l’identique, de l’unique (monothéisme inclus !)
        Ce que suggère Pessoa c’est que l’idéal est de ne pas être identique à soi-même (au risque d’être le vivant cadavre de soi-même !) car cela veut simplement dire qu’on est en devenir; et que si demain j’ai avancé, si je me suis perfectionné (Rousseau) (Pindare: « deviens ce que tu es ») alors je suis sur la ‘bonne’ voie, au sens où je suis en mouvement, en acte donc vivant. C’est même chez Spinoza le sens du mot ‘perfection’: la perfection ne fait pas référence à une morale extérieur qui saurait ce qu’est un idéal de la perfection mais la perfection c’est tout simplement ‘exister en acte’ c’est à dire désirer.
        « No man is an Island of himself, every man is a part of a continents ice of the main… »: L’un des textes majeurs de John Donne, « No man is an island, entire of itself1… » a inspiré le titre du roman d’Hemingway Pour qui sonne le glas.
        « Nul homme n’est une île, un tout en soi ; chaque homme est part du continent, part du large ; si une parcelle de terre est emportée par les flots, pour l’Europe c’est une perte égale à celle d’un promontoire, autant qu’à celle d’un manoir de tes amis ou du tien. La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »

        — Devotions upon Emergent Occasions, 1624

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