Une participante difficile

05 Déc 2019

J’ai animé l’an dernier, un séminaire avec une participante particulièrement difficile à gérer. Rien de ce que je disais ne lui convenait. Elle secouait systématiquement la tête ostentatoirement pour manifester son désaccord. Compliqué à gérer pour moi et difficile à supporter pour les autres.

Je fus donc très surprise de voir son nom sur la liste des participants à un autre séminaire le mois dernier. Pour éviter les mêmes désagréments, j’ai préparé des stratagèmes pour la cadrer et j’ai même inséré dans mon programme, un élément de coaching.

Nouvelle surprise, elle n’est pas venue. Ma formation s’est parfaitement déroulée et l’élément de coaching a été tellement apprécié par les participants et leur management, que ce dernier m’a demandé d’accompagner leur comité de direction !

Je dois cette victoire à ma participante difficile. Sans elle, je ne me serais pas dépassée. Sur le moment, je n’en étais pas consciente. Maintenant, je lui suis très reconnaissante.

Et vous ? Quelles sont les personnes qui vous ont, malgré elles, fait grandir ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: décembre 8, 2019 at 3:58

    « À l’école de guerre de la vie, ce qui ne me tue pas me rends plus fort » Nietzsche

    « Elle secouait systématiquement la tête ostentatoirement pour manifester son désaccord »: là tu donnes un élément clinique majeur qui fait rentrer son opposition SYSTEMATIQUE dans le champ psychotique.
    Quelques associations:
    – Méphistophélès dans le Faust de Goethe: « je suis celui qui toujours dit NON »: dire toujours ’non’ comme cette participante, c’est donc avoir le diable au corps (peut être une manière détournéeet sublimée de l’avoir… le diable au corps !)
    – « Faire exactement le contraire s’appelle aussi imiter, c’est même expressément imiter le contraire » (Lichtenberg 1742-1799): ce que j’aurais envie envie d’appeler les MUTINS DE PANURGE !
    – L’enfant découvre le ’non’ bien avant le ‘oui’ (Spitz) probablement parce que c’est la seule manière de s’opposer à l’intrusion parentale et donc de commencer à exister. On serait justifié de voir dans un adulte qui s’oppose systématiquement une sorte de blocage à un stade précose de l’enfance, comme l’expression d’une autonomie qui ne se serait pas faite: faute de pouvoir répondre en toute autonomie (auto-nomie: nommer par soi-même), on est condamné à réagir dans un acte répétitif d’opposition systématique. On bégaie sa liberté aliénée dans une opposition systématique.
    – « De successives dépendances sont venues relayer le lien maternel, dans la charge imaginaire de nous préserver.
    Plus la dépendance suppléante, asservit, plus elle semble protéger.
    Pour contenir l’intolérable intuition de notre fondamental esseulement, peu importe l’objet de cette dépendance.
    Ce sera Dieu, la Science, un maître, une doctrine.
    Ce sera la famille, un trait identificatoire, une habitude .
    Ce sera une drogue, un symptôme, une manie » JC Lavie
    – On peut d’ailleurs se demander s’il n’y a pas là une ressemblance avec un mal socio-politique français (!), où l’on voit depuis au moins une trentaine d’année des élections « rodéos »: le sortant est systématiquement sorti par un ’non’ systématique d’opposition. Pourrait on y voir une réaction infantile d’un pays enfant qui accuse systématiquement les parents (via leurs représentants politiques) de la dure réalité du monde qu’ils ne veulent pas assumer ?! (Bon, il n’y a pas que la France au vu du développement des populismes).

    C’est peut être Wittgenstein ( 1889-1951 ) qui en parle mieux: le systématique fait entrer celui qui parle dans un propos TOUJOURS VRAI, quelques soient les circonstances, donc un propos qui ne dit rien sur le monde puisque sa vérité est dans le propos ex nihilo et n’a pas besoin du monde pour être vérifié dans un cas singulier. Carl Poppers dirait que ce propos n’est pas scientifique car infalsifiable (aucune preuve expérimentale ne viendra le falsifier, le contredire). Wittgenstein par exemple dans son dernier livre « De la certitude » écrit en substance « un doute qui doute de tout n’est plus un doute » (c’est devenu une certitude !). Un ‘non’ systématique, un ’non’ pour le ’non’ (pas un ’non’ à quelque chose mais un ’non’ pour le ’non’, rationalisé a posteriori par quelque chose d’arbitraire). Un ’non’ digne de Sade (Deleuse) ou flirtant avec le sadisme !
    On peut penser que ce ’non’ systématique a pour fonction d’endiguer l’angoisse existentielle d’un ‘sujet’ confronté à la dure réalité du monde (« le réel est ce dans quoi on se cogne » (Lacan, Nietzsche): le ’non’ dans son systématique empêche le « vertige du possible » (Kierkegaard) qu’est l’angoisse: affect peut être désagréable à supporter mais nécessaire car ce « possible » est consubstanciel à la possibilité même de notre liberté (pas de liberté sans le choix qu’offre le possible).
    D’où le courroux de Nietzsche qui fustige les « réactionnaires » (Ce « réactionnaire » nietzschéen n’a pas le sens qu’on lui donne de nos jours: c’est initialement celui qui n’avance que par réaction contre, donc ceux qui disent toujours ’non’ et n’ont jamais de proposition créative de leur propre chef: ils savent juste dire ’non’ à ceux que leur proposent les autres). Mentalité d’esclave pour Nietzsche à l’origine d’un « homme du ressentiment » (sur un fond de chrétienté pour Nietzsche), puisque le « réactionnaire » ne peut pas s’affranchir de celui dont il a besoin pour pouvoir s’opposer. Il ‘existe’ de son opposition systématique. Ce que l’on peut considérer comme normal chez un enfant de deux ans est plus problématique ultérieurement (un adulte miné par de l’infantile).
    On notera au passage que Lacan fait de la certitude le maître symptôme de la paranoïa: rien ne vient ébranler le paranoïaque de l’extérieur. C’est d’ailleurs en grande partie de l’analyse de l’hystérie et de la paranoïa, qu’est née la psychanalyse; pathologies qui ont en commun le mécanisme de la projection: on prête à l’autre ce qu’on refuse de voir chez soi même: on externalise ce qui est interne (un must du management: rendre ses collaborateurs coupables des mauvais choix qu’on a fait soi même en amont !).

    « Nouvelle surprise, elle n’est pas venue »: ne pas venir (sauf évènement exceptionnel intercurrent) peut être vu comme un ’non’ en acte: je m’absente, je vous ’non’ par un « acting out », celui de mon abstinence à ce séminaire. On peut remarquer au passage que séminaire a un sens que l’on retrouve dans « vésicule séminale »: on va à un séminaire pour (normalement) se faire inséminer ! C’est à dire se faire engrosser par le « verbum spermaticum » des autres afin d’accoucher d’un enfant sous forme de savoir nouveau. Séminaire où se déploie une maïeutique socratique car la mère de Socrate était une « maïa » c’est à dire une sage-femme qui accouche les femmes enceintes ! Ceux qui disent toujours ’non’ ne veulent soit ne pas se faire inséminer soit ne pas accoucher: césarienne à envisager !
    Il faut d’ailleurs remarquer que souvent dans les séminaires les personnes présentes ne posent que des questions auxquelles ils ont souvent déjà des réponses et ont tendance à éviter les vraies questions dérangeantes.

    «… l’élément de coaching a été tellement apprécié… »: parmi les raisons qui ont fait apprécier cet élément de coaching on peut supposer qu’il y en a une qui présente un lien avec la participante négationniste. Cette participante radicalise un comportement que nous pouvons tous avoir à l’occasion, par intermittence et non systématiquement comme elle. Donc cet élément de coaching, fait au début pour lui répondre, présente cet intérêt universel de parler aussi de nous, même si ce n’est pas avec la même radicalité. De plus, j’ai suffisamment côtoyé les managers et les les participants au comex, pour savoir qu’on pense souvent que même si cet élément de coaching n’est pas utile pour soi, il le sera pour certains de mes collègues managers qui eux…
    Lors de mes cinq année passées à co-animer le Club des Managers de Transdev (+ ou – Veolia), le diaporama que j’ai le plus développé et étayé, qui a rencontré un vif succès s’appelle « Résistance au changement »: ce qui dit ’non’ en nous (sans que nous en soyons parfois conscient) face à l’angoisse du changement (comme « vertige du possible »).
    N’oublions pas la douloureuse expérience faite par Freud, alors qu’il mettait de grands espoirs dans la psychanalyse, à savoir « la réaction thérapeutique  négative »: le patient lui-même renonce à guérir car il préfère la familiarité rassurante de ses symptômes (qui pourtant le font souffrir) à l’angoisse, au saut dans l’incertitude de l’inconnu que lui propose la ‘guérison’, avec son changement de logiciel de réflexion et de vie. Donc effectivement cette participante est presque un cas princeps pour se regarder soi-même !

    « Je dois cette victoire à ma participante difficile »: c’est d’ailleurs pour ça que nos enfants nous éduquent autant que nous les éduquons ! Cela permet aussi de souligner cette idée qu’on peut qualifier de structuraliste ou de psychanalytique: l’autre en face de moi est souvent, peu ou prou, le miroir de l’autre en moi (vu comme « ce que de moi-même je ne connais pas ») c’est à dire mon propre inconscient. Il y des éléments universels dans l’humain: l’observation de l’autre en face de moi me permet ainsi de remarquer les ressemblances universelles et structurelles qu’il a avec moi. Sauf si moi-même je dis toujours ’non’ et suis impénétrable à la culture comme « épreuve de l’étranger » (Novalis).

    « Et vous ? Quelles sont les personnes qui vous ont, malgré elles, fait grandir ? »:
    – Mes parents dont les pathologies ont probablement fait de moi un médecin et un psychanalyste afin de pouvoir les soigner et ainsi résoudre les contradictions et les apories qu’ils me posaient… avant de m’apercevoir qu’ils étaient incurables !!!
    – Mes filles pour l’éducation qu’elle m’ont procurée via leur impertinence sympathique (surtout après coup…!).
    – Les penseurs avec leur folie capable de penser-panser en dehors de boite.
    – Les fous qui ont cette capacité de grossir les traits que nous avons tous.: « il serait fou de ne pas être fou ».
    – La montagne, le ski de randonnée, l’escalade, la météo en tant que réel, que « ce dans quoi on se cogne »: ça ne dit pas ’non’ systématiquement mais quand ça dit ’non’ c’est ’non’ et ça ne souffre pas la discussion.
    – Et surtout… Dionysos, cet esprit féminin du vin (se laisser pénétrer… jusqu’à l’orgasme de l’ennivrement) qui permet à l’esprit de vagabonder, de créer du lien (sauf à être ivre mort comme Hemingway) en favorisant la dérive vers le feeling, le ressenti, l’émotion, vers l’accord met-vin comme allégorie des accords entre les êtres humains, comme image des proportions harmonieuses à respecter pour que ça colle… avec juste une pointe de raison apollinienne comme lien pour que la sauce prenne ! Ne pas oublier que l’odorat est le sens qui fut le premier refoulé chez l’être humain.
    – Si Euclide disait « que nul n’entre ici s’il n’est géomètre » j’aurais envie d’écrire « que nul n’entre ici s’il n’est capable de se laisser pénétrer par le divin (dit-vin) breuvage »: le breuvage étant juste une allégorie disant le désir de se laisser pénétrer et engrosser par l’étranger: une belle manière de dire enfin OUI, en réponse à cette anorexie mentale qu’est le fait de s’opposer systématiquement. OUI versus NON, EROS versus THANATOS: merci à Empédocle (- 490 à -435 ) !

    «Personne ne devient jamais maître en un domaine où il n’a pas connu l’impuissance, et qui souscrit à cela saura aussi que cette impuissance ne se trouve ni au début ni avant l’effort entrepris, mais en son centre» Walter Benjamin (1892-1940). C’est ce que cette participante t’a proposé

    « À l’école de guerre de la vie, ce qui ne me tue pas !me rends plus fort » Nietzsche

    «Vivre c’est être un autre et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme on a senti hier. Sentir aujourd’hui comme on a senti hier, ça n’est pas sentir, c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie. Tout effacer sur le tableau, du jour au lendemain se retrouver neuf à chaque aurore dans la revirginité perpétuelle de l’émotion. Voilà et voilà seulement ce qui vaut la peine d’être ou d’avoir pour être ou avoir ce qu’imparfaitement nous sommes… Ce qui sera demain sera autre et ce que je verrais sera vu par des yeux recomposés, emplis d’une vision nouvelle… Vous n’êtes aujourd’hui, vous n’êtes moi que parce que je vous vois. Vous serez demain ce que je serais et je vous aime voyageurs penchés sur le bastingage comme un navire en mer croise un autre navire laissant sur son passage des regrets inconnus» Fernando Pessoa (1888-1935). 


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