Un amour de chien

09 Mai 2019

Un petit garçon assiste au décès de Babou, le chien de la famille. Le vétérinaire lui explique que les chiens ont une durée de vie plus courte que les hommes et que Babou avait eu une belle vie.

Le petit garçon réplique : « C’est normal qu’il soit parti plus vite que nous ! – mes parents m’ont dit que nous sommes sur terre pour apprendre à aimer inconditionnellement. Babou savait déjà le faire. Il remuait la queue à chaque fois qu’il nous voyait ! Il nous faisait la fête à chacun de nos passages ! Il s’asseyait à côté de nous quand nous étions tristes. Babou était déjà sage. Il n’avait plus besoin d’apprendre. »

Et si nous prenions exemple sur les chiens ? Faire la fête à ceux qui rentrent à la maison, sortir prendre l’air chaque jour peu importe le temps qu’il fait, consoler quelqu’un par notre simple présence ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Bourg Patrick Says: mai 12, 2019 at 2:28

    sagesse définitivement et non qu’on essaie d’y tendre asymptotiquement !
    On notera que cet enfant a une ‘fausse’ idée de la sagesse, puisqu’il relie celle-ci au fait de ne plus avoir à apprendre. Le vrai sage est sage… de savoir qu’il ne sait pas (tou)… et qu’il doit continuer à s’étonner, à chercher, bref à philosopher sans fin mais avec faim.
    « Il remuait la queue à chaque fois qu’il nous voyait ! »: j’ai peur que ce jeune ait été enduit et induit en erreur: je connais pleins d’homme qui remuent la queue chaque fois qu’il voit une femme ou leur femme… et qui confonde ainsi amour et désir, amour et érection (comportement extrêmement fréquent, faut-il le rappeler ?!!!) ou qui prenne leur remuage de queue pour la totalité de l’amour (alors qu’Eros n’est qu’un des trois amoures pour les Grecs à côte de Philia et Agapè). Une scène de « Au nom de la Rose » reprend cette idée lorsqu’un jeune prélat qui vient de voir une jolie villageoise nue, en est tout émue, et prend cela pour de l’amour… l’abbé Sean Connery est alors obligé de lui faire cette remarque !

    Par ailleurs, ce petit garçon éduqué par le discours ambiant, a une vision anthropomorphique de l’animal: il pense le chien à partir de lui un être humain (même s’il y a une partie animal en nous, il y a en nous quelque chose d’irréductible à l’animal). Il trahit le chien en le traduisant à partir de son humanité (« tradutore traditore »: traducteur traitre). Et le vétérinaire a un discours pour le moins anthropomorphique en laissant croire que la vie d’un chien est du même ordre que celle d’un humain, et en laissant croire que l’expression « belle vie » a un sens pour un chien alors que qualifier de ‘belle’ la vie semble être un apanage humain.
    Leibniz fait ainsi remarquer que même si le chien lors d’un orage va se cacher sous l’armoire, il est faux de dire qu’il a peur, au sens que cela a chez l’être humain: ce chien a une réaction, ici et maintenant, lors de l’éclair et du tonnerre mais il ne peut pas avoir peur, au sens où n’ayant pas le concept, l’idée de l’orage, il est bien incapable de se représenter l’orage et d’en anticiper les conséquences comme nous le ferions. Un chien réagis dans l’instant même où on lui prends son os, mais on n’a jamais vu un chien faire une névrose à l’idée qu’on pourrait lui voler son os !
    Heidegger a repris cette idée en disant que si le chien périt, il ne meurt pas car cette idée renvoie à quelque chose de spécifique à l’être humain: refus de tout anthropomorphisme. On remarquera à ce sujet, à quel point les films animaliers (et certains vétérinaires…) ont des commentaires anthropomorphiques. Nous projetons sur eux des manières de l’humain.
    Enfin il faut tenir compte, dans le comportement du chien, de sa domestication: et sa soit disant sagesse tient plutôt d’un réflexe pavlovien acquit avec ses maîtres (les biens nommés !), ou d’une « imprégnation » à la Conrad Lorentz (cf. Les oies cendrées).

    « Et si nous prenions exemple sur les chiens ? »: oui mais à condition justement de les respecter en tant que chien sans y projeter notre humanité; oui à condition de prendre exemple sur un chien non anthropomorphisé. Dans le cas contraire, nous ferions que prendre exemple sur nous-mêmes puisque ce chien, sur lequel nous prendrions exemple, serait celui de notre description.
    Certains ont pu dire à propos des chats qu’ils étaient de grands psychanalystes ! Et par le rôle anthropomorphique que NOUS leur faisons jouer projectivement: en faisant silence de parole significative, ils favorisent (comme un analyste) notre parole (sous prétexte de leur parler, à eux qui ne jugent pas) et favorise donc l’écoute de notre propre parole ainsi proférée. Cela rejoint ce que disait le Pr. Pierre Fédida, un grand psychanalyste, « la psychanalyse n’est pas un humanisme ». Le psychanalyste s’il se conduit humainement est un psychologue mais pas un psychanalyste es qualité.
    « Sortir prendre l’air chaque jour peu importe le temps qu’il fait »: quasiment la philosophie stoïcienne: ne pas hystériser des événements aussi peu importants que quelques gouttes de pluie: on fait avec et ça n’empêche pas de faire.

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