Temps d’habillement

16 Fév 2019


« Lorsque j’ai fait mon service militaire » me racontait un ex-chasseur Alpin « un membre de notre groupe prenait toujours trop de temps pour se changer.

Nous devions le faire plusieurs fois par jour pour passer du treillis au jogging ou encore à l’uniforme de parade.

Pour chaque retard, nous devions faire 10 pompes à chaque rassemblement pendant 2 semaines.

Nous avons vite réalisé que son problème était devenu le nôtre et c’était d’ailleurs le sens de cette punition collective.

Nous avons donc aidé notre camarade à s’habiller dans les temps. Le groupe était soudé et nous n’avons plus eu à pomper ! »

Une chaîne, dit-on, est aussi forte que son maillon le plus faible. Qui dit que le groupe ne peut pas le renforcer ?

Qui devez-vous aider à « se changer plus vite » dans votre groupe pour que celui-ci puisse réussir ?

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Gundula Welti

Comments

  1. « Une chaîne, dit-on, est aussi forte que son maillon le plus faible. »: une chaine n’est pas égale à la somme de ses maillons, de ses parties (une chaine biologique comme l’hémoglobine n’est pas égale à la somme des ses acides aminés qui en sont les briques élémentaires: il y a des liens entre certaines de ces briques qui sont responsables de l’activité biologique de l’ensemble). Un psychologue prends le maillon (l’homme) comme unité de mesure, le psychanalyste (l’homme d’une psycho-dynamique) prend le lien entre les maillons (entre les hommes) comme unité de mesure. Voilà pourquoi « la psychanalyse n’est pas un humanisme »: elle privilégie le lien entre les éléments, entre les chainons sur les éléments, sur les chainons eux-mêmes. Elle privilégie la structure (par définition le rapport entre les éléments) à l’élément, elle privilégie la dynamique de la chaine aux chainons statiques; et la chaine est plus que la somme de ses parties, plus que la somme de ses chainons ! Une chaine est une personne collective, une collection de maillons imbriqués les uns dans les autres.
    Compris comme cela, ça modifie le sens de l’interrogation qui suit: « Qui devez-vous aider à « se changer plus vite » dans votre groupe pour que celui-ci puisse réussir ? »: ce n’est plus quelqu’un qu’il faut aider à se changer plus vite mais le lien entre les différentes maillons de la chaine, entre les différents quelques uns de la chaine. Le « se changer plus vite » concerne moins les habits que les habitudes relationnelles. Le groupe doit il renforcer le maillon ou le lien avec ce maillon ?
    Pour le dire autrement, le temps d’habillement de ce retardataire n’est que le symptôme (étymologiquement « ce qui tombe avec ») d’un déficit d’une dynamique relationnelle avec les autres et c’est ce déficit qu’il faut éduquer ou rééduquer; il s’habillera plus vite pour sa relation avec les autres (pour faire plaisir aux autres, pour se rendre « utile » (!!!)). Et l’important va être moins d’augmenter la performance temporelle de l’habillage que les manières pédagogiques pour y parvenir. Se changer plus vite devient alors moins changer plus vite ses vêtements que changer ses modalités relationnelles. (Cela demande du temps et élimine les situations d’urgence)

    Il faut noter au passage la proximité de la problématique ici décrite par Gundula et la naissance des fameux groupe Balint. Pendant la dernière guerre mondiale Balint, psychiatre et psychanalyste, eut à s’occuper des objecteurs de conscience de l’armée qui refusaient de se battre et de se plier aux contraintes collectives. Il les réunit dans un campement commun sans intervenir. Rapidement ce fut une telle pagaille sans nom que l’ensemble des membres de ce groupe objecteur de conscience eu à la subir. Comme Balint n’intervenait pas, le groupe se trouva ‘obligé’ de trouver par lui même une solution… car les pollueurs étaient automatiquement les payeurs ! Et ils trouvèrent une solution par eux même (immanence) sans avoir à se plier à un commandement militaire extérieur (transcendance via Balint leur supérieur). L’essence des futurs groupes Balint était là !

    On peut en gros pointer deux manières d’y arriver, deux manières d’aider son camarade ou son groupe (peu importe l’unité de base qu’on choisit) :
    * Le dressage, l’obligation contraignante externe, le don donnant-donnant (système du Potlach décrit par Marcel Mauss): je te donne ça si tu me donnes ton temps d’habillement: ça marche mais ce marchandage don-contre don est infantilisant même s’il est une conception efficace d’un certain pragmatisme. (Convient sans doute mieux à l’urgence)
    * l’invitation au don gratuit, librement décidé de l’intérieur par la personne elle même (système de la kula décrit par Marcel Mauss dans son fameux « essais sur le don » dans les années 1920): j’améliore mon temps d’habillage en me payant sur la bête car, même si je n’ai rien en échange, j’en retire une reconnaissance, une existence et une valorisation sociale qui vaut tous les contre dons (je me sens ‘utile’ (!)). Et cette action est de mon seul fait, de ma seule décision et non le résultat d’un commandement extérieur auquel je me soumets à merci. C’est une autre idée du pragmatisme.
    On voit donc que la fin (l’habillement pour ne pas pomper) ne justifie pas les moyens car « la fin est dans les moyens »: rejet de l’infantilisation (au résultat temporaire) au profit d’une autonomisation: « donne du poisson à un homme, il en mangera une fois, apprends lui à le pécher, il en mangera toute sa vie » Proverbe africain.
    Comme quoi un train peut toujours en cacher un autre !

    « En logique, 
processus et résultat
sont équivalents.
(De ce fait point de surprise)»
    Wittgenstein: 1889-1951 (Tractatus Logico Philosophicus: 6.1261)

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