Retraité, mais pas en retraite

23 Fév 2019

La scène se joue dans le magasin de ma copine en province. En plein mois d’août, elle parle au téléphone avec une dame dont le frigo ne ferme plus correctement tout en gesticulant en direction d’un client pour le prier d’attendre une minute.

Prise de pitié pour son interlocutrice en panne de porte de frigo avec 40 degrés dehors, elle  lui propose le passage d’un technicien le sur-lendemain entre deux autres rendez-vous dans la même ville.

Au moment de raccrocher, le client du magasin – un retraité et client régulier, s’excuse d’avoir écouté la conversation et lui propose spontanément d’aller voir la dame en question dans la ville où il doit faire des courses dans l’après-midi même. Il propose d’y aller avec sa boîte à outils et de se rendre utile – gratuitement.

Mon amie rappelle sa cliente – protection des données oblige – et lui propose les services du gentil retraité !

Elle a appris par la suite que le réparateur de fortune avait passé deux heures chez la dame – également  retraitée – et qu’elle avait été tellement enchantée par l’idée de cette initiative qu’elle était allée s’inscrire dans une association d’entre-aide pour faire de la couture.

Se rendre utile, le faire savoir, être à l’écoute sont bien des choses que j’oublie quand j’ai les yeux rivés sur l’écran de mon smartphone.

Cette histoire me rappelle que la vie n’est pas seulement un descriptif de poste, mais une possibilité infinie d’être et de se sentir utile.

Et vous ? Comment pouvez-vous être utile – avant ou lors de votre retraite ?

Partager

Gundula Welti

Comments

  1. Chère Gundula,
    Je crois comprendre l’essence de ta réponse et j’y adhère. Mais le mot d’ « utile » que tu utilises pourrais induire chez ton lecteur un contre sens.

    Réponse par JB Pontalis (psychanalyse français de renom):
    Révocation de l’utilitarisme: «une certitude négative… la disqualification chez l’être humain de l’utilitarisme, une psychologie de l’adaptation est une psychologie essentiellement fausse qui ne tient pas compte des moteurs pulsionnels, sexuels de l’être humain. L’être se nourrit et vie par amour et par haine avant de se nourrir pour survivre. C’est ce que montre la psychanalyse»
    ): en bref c’est le désir qui prime sur le besoin et l’utile. « être utile » peut fonctionner comme un oxymore car ‘utile’ peut fausser la compréhension du désir ’d’être’ en déplaçant l’accent sur ‘utile’ au détriment ‘d’être’.
    Le carrefour version psycho et psycha.
    On comprends ce que tu veux dire mais le mot « utile » n’est sans doute pas le meilleur car il prête à confusion. l’important n’est pas d’être utile mais d’être sous prétexte d’être utile. L’important est d’exister au sens étymologique du terme: ek-sistere: se poser (sistere) à partir de l’extérieur (ek) (lecture de Heidegger reprise par Lacan). Seuls des regards extérieurs à nous, nous permettent de nous poser, d’exister. L’idée qu’être soi ne peut se réduire à être moi; ou alors qu’être moi est une illusion délétère pour me permettre de croire que je suis par ma seule volonté à l’origine de moi-même. Alors que je suis ce que mes réseaux relationnels font de moi.
    Lacan en avait tiré certaines conséquences: nous sommes des sujets clivés (puisqu’une partie de nous est dans le regard de l’autre; et que notre inconscient est « un autre en nous »)et plus radical: « il n’y a pas de sujet de l’inconscient » !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *