Perfectionner une pratique

19 Avr 2019

“Fais travailler ton matériel ! – descends sur tes genoux ! – tourne le haut de ton corps ! » Les recommandations pleuvent, pourtant je me croyais bonne skieuse. Doumé me fait penser à la plante de mes pieds – confinées dans mes bottes – ou encore à mon regard que je suis censée porter au loin….

Je rouspète, essaie, challenge les recommandations, essaie à nouveau quand même, adopte finalement les astuces et réalise que ma pratique, pourtant confirmée, s’est nettement améliorée à la fin de la semaine.

Je me rends compte que ma façon d’apprendre ou d’améliorer n’importe quelle pratique fonctionne selon ce même schéma. Quand on me suggère une amélioration dans n’importe quelle technique allant de la cuisson d’une viande à la façon d’animer un séminaire, je commence par me rebiffer… puis j’essaie, demande des explications supplémentaires et finalement, j’adopte !

Ayant vu ce modus operandi, je décide de supprimer la phase « rouspéter » … après tout, je fais perdre moins de temps à tout le monde !

Et vous ? Quelle phase pouvez-vous supprimer pour avancer encore plus vite ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Rouspéter me permet de prendre conscience d’une résistance qui pointe en moi et celle-ci m’intrigue et m’amène à réfléchir sur l’origine de cette rouspétance.
    Cesser de rouspéter n’est donc pas forcément une étape à supprimer et ceci pour deux raisons:
    – La prise de conscience de cette résistance m’alerte sur justement cette résistance, cette « épreuve de l’étranger » qui me dérange; et donc sur l’effort à fournir pour la dépasser
    – Mais cette rouspétance peut être aussi l’intuition que les conseils qu’on me donne ne sont pas forcément à suivre au pied de la lettre, qu’il sont à interpréter voire qu’il sont erronés !

    Gagner du temps serait alors le meilleur moyen d’en perdre ! Bien entendu, j’entends qu’il ne faut pas sombrer dans la rouspétance chronique qui serait alors ni plus ni moins qu’une hystérisation de la situation ! On retrouve ainsi la position du médecin ou du scientifique face à un symptôme (ici rouspéter): quel est le sens de celui-ci. C’est d’ailleurs la très sérieuse critique qu’on fait à certains médecins qui, en prescrivant trop de médicaments, supprime le symptôme d’un corps qui rouspète comme il peut; et qui en supprimant le symptôme de rouspétance supprime le message caché. On retrouve ici le double sens du « pharmakon » grec (qui a donné la pharmacie): d’être et le remède et le poison: le remède médicamenteux (ou supprimer l’étape du ‘rouspéter’ comme le fait le fait si bien le trop fameux Prozac qui met le patient dans un état d’indifférence ‘heureuse’) en effaçant le message devient le poison !
    Donc non pas sauter l’étape du « rouspéter » mais la faire fructifier en décryptant le hiéroglyphe qu’elle constitue !
    Vive Champolion !

  2. « Et vous ? Quelle phase pouvez-vous supprimer pour avancer encore plus vite ? ». Aller en core plus vite est à l’évidence le dictat de notre époque: « time is money ».
    Je crois qu’il faut avoir le courage d’un diagnostic : nous sommes en présence d’une véritable perversion au sens étymologique du terme (pervertir: dévier de son chemin).
    Le concept de temps n’est pas univoque (Kant distingue trois temps différents; et le temps chronométrique n’est que l’un des trois temps): la perversion consiste à réduire ces trois temps au seul temps chronométrique; et cette perversion sert la perversion de notre société de consommation actuelle, où tout est réduit à l’économique: « time is money ».
    Il y a cette belle définition de Hegel, reprise par Lacan, « le concept est le temps de la chose »: il y a là un temps qualitatif (qui nous permet de penser les choses en même temps lorsque nous partageons ce concept) et non quantitatif comme le temps chronométrique. Ainsi à vouloir parfois gagner du temps chronométrique on va perdre du temps de réflexion commune; et éventuellement perdre ultérieurement du temps chronométrique pour avoir voulu sauter ce temps qualitatif.

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