Oui ou non ?

21 Sep 2019

Voici un exercice proposé lors d’une conférence :

Mettez dans un tableau 7 questions auxquelles vous répondrez chaque jour. Pour plus d’effet, demandez à quelqu’un de vous appeler chaque jour pour vous poser ces 7 questions.

Voici les 7 questions. Vous pouvez les adapter selon vos désirs :

Est-ce que j’ai fait de mon mieux pour :

  • établir des objectifs clairs
  • les atteindre
  • être heureux
  • trouver un sens
  • être un ami
  • construire des relations positives
  • être engagé complètement

Chaque jour vous répondez simplement “oui » ou “non » et vous regardez la tendance qui se dessine à la fin de chaque semaine.


Enorme ? – c’est la raison même de l’appel extérieur ! Votre interrogateur ne juge pas, mais pose toutes ces questions mécaniquement.

Alors ? Savez-vous déjà quel sujet mérite votre attention ?

Partager

Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: septembre 29, 2019 at 3:20

    Quand j’ai lu cette bulle, je me suis d’abord dit qu’elle ne me concernait pas, que je n’avais rien à en dire. Puis petit à petit des associations se sont imposées:

    On remarquera l’hétérogénéité des sept points demandés. De plus, il est demandé de ne pas tenir compte du contenu des question puisqu’on peut adapter ces questions selon nos désirs (néanmoins les exemples donnés à titre indicatif ne sont pas anodins dans le cadre d’une intervention en public).
    Questionner est le travail de notre surmoi, cette instance personnel (héritière de nos milieux ambiants) qui nous met à la question c’est à dire à la torture d’une inquisition. Concernant les journalistes et leurs questions, Roland Barthes parlera du fascisme de la question qui en délimitant par son libellé une boite, un cadre de réponse, nous oblige de manière pernicieuse à répondre dans la boite; à moins qu’on ait cette capacité à penser en dehors de la boite.

    « établir des objectifs clairs »: je me souviens que, lorsque je m’occupais de la pédagogie par objectif des médecins, on disait qu’un objectif pas clair c’était un but et que l’essence d’un objectif était d’être formulé de manière précise avec un verbe d’action, d’être pertinent par rapport au but, d’être évaluable donc mesurable. Par exemple, être capable de lire correctement dans 80% des cas un électrocardiogramme. Pour un alpiniste, l’objectif serait d’atteindre tel sommet.
    Puis des voix critiques se sont élevées faisant remarquer que l’objectif ne pouvait pas être séparer du processus, du procédé, de la démarche, des moyens qui permettent de l’accomplir. Faire l’Everest en style alpin par exemple. Wittgenstein résumant cela en disant: « En logique processus et objectif sont équivalents (de ce fait point de surprise) ».
    « établir des objectifs clairs »  + «  construire des relations positives »: c’est quoi des relations positives (soyons clair ! Il faut avoir le courage de définir le sens des mots qu’on utilise si on veut être clair soi même alors qu’on demande aux autres de l’être !) ?!

    « vous répondez simplement “oui » ou “non »: autre violence soft: logique dyadique, binaire: le ‘je ne sais pas’ ou ‘oui et non’ n’est pas possible: ce « simplement » de la prescription (« répondez simplement ») est simpliste. Adam et Eve fut chassé du Paradis pour ça, c’est à dire pour avoir gouté à l’arbre de la connaissance du bien et du mal: autre expression d’une logique dyadique qui exclu le triadique (il y a pourtant un moyen terme entre le bien et le mal , comme il y a du gris entre le noir et le blanc)(Kant et Peirce).

    « vous regardez la tendance qui se dessine à la fin de chaque semaine »: cette tendance est celle qu’à dessiner le cadre de vos questions associé à l’impératif de ne répondre que par oui ou non (qui empêche toute subtilité): « Quand on pose une question, ne pas oublier, qu’on n’obtient jamais qu’une réponse » Balint (celui des groupes Balint).

    « Votre interrogateur ne juge pas »: là de qui se moque t-on ?! Toute cet interrogatoire est plein de jugements moralisateurs plus ou moins masqués !!! Une question est une réponse-affirmation déguisée car la question trace un cadre (box) dans lequel celui qui réponds peut rester enfermé: d’où la nécessité d’avoir le courage et la liberté de penser en dehors de la boite (de la question)(to think out of the box). C’est pour cela que Roland Barthes parlait du fascisme de la question chez les journalistes.
    Prenons un exemple: « Être heureux »: cela est présenté comme un impératif catégorique qu’on ne saurait remettre en question, tellement l’idéologie (oui je dis bien idéologie) du bonheur semble faire partie de ces doxosophies (bien pensance dans l’air du temps (doxa) à tel point qu’on ne s’interroge plus sur la validité de l’idée)(Bourdieu). Or l’idéologie du bonheur peut être remise en question tant elle peut apparaître comme le nouvel « opium du peuple »: sorte de religion laïque. Kant définit le bonheur de manière très acide: « adhésion sans heur d’un sujet à sa vie » (pas de vague). JP Sartre reprenant cette définition de Kant en conclura que ce bonheur est incompatible avec les hauts et les bas, avec les turbulences du désir. Boire ou conduire, il faut choisir, être heureux ou désirer, il faut choisir !
    On voit donc que derrière ces 7 questions en apparence anodines, se cache une idéologie ‘perverse’, une morale qui ne dit pas son nom. Il est bon de rappeler que Sade est rangé dans les philosophes moralistes (oui moralistes) car le moraliste n’est pas celui qui propose des choses vertueuses mais celui qui édicte une liste de choses à suivre impérativement. C’est pour cette raison (me semble t-il) que Lacan écrira un article intitulé « Kant avec Sade ».
    Ce texte est truffé d’impératifs sadiens (digne de l’oeuvre de Sade, mais à potentiel sadique pour qui ne saurait pas prendre ses distances !): ’mettez’, demandez’, ‘répondez’: listes sadiennes moralistes (Gilles Deleuze).

    * « Celui qui ne veut agir et parler qu’avec justesse finit par ne rien faire du tout » Nietzsche
    * « La perfection est un chemin, non une fin » (Proverbe Coréen)
    « Quiconque aspire à quelque liberté de penser, doit se priver pour un long temps du droit de se sentir autre chose qu’un errant sur la Terre. Je ne dis pas un voyageur, car l’homme qui voyage se propose un but final. Or un tel but n’existe pas. L’errant doit bien observer, tenir ses yeux bien ouvert sur le train du monde ; il doit donc interdire à son cœur toute attache un peu forte aux choses particulières, et toujours maintenir en lui cette humeur de vagabond, qu’amuse tout ce qui change et passe » Nietzsche
    L’exercice proposé s’adresse à des gens qu’on considère comme des exécutants subalternes et non comme des personnes à qui on demande de penser avec liberté.

    « Savez-vous déjà quel sujet mérite votre attention ? »: oui, comment éviter l’ego psychologie entrepreneuriale de ces 7 questions made in USA ?!!! Je sais que la liste des questions proposées ici fait partie de la doxa du formateur en entreprise. Je ne nie pas qu’elles puissent avoir quelques validités dans un premier temps dans le cadre d’un management directif, paternaliste. Par contre, je doute de leurs pertinences dans le cadre d’un management délégatif, participatif ou collaboratif. Mais j’en doute aussi à moyen et long terme dans l’intérêt de l’entreprise elle-même.
    En effet, l’objectif me polarise sur un ob-jet particulier et me fait oublier le processus pour y arriver: l’art et l’esprit du « voyager » risque d’être perverti par l’objectif du voyage: sa destination finale. Il faut savoir oublier l’objectif (gagner un match) pour justement le gagner en se concentrant sur la démarche à suivre, sur le processus. « En logique processus et résultat sont équivalents » Wittgenstein. Or il faut parfois changer de processus pour arriver au même résultat car l’environnement a changé. Il faut donc être capable de changer en cours de route le contenu des questions ! Donc voit donc que la liste de questions, si elle peut être pertinente dans certaines conditions, peut se révéler négative dans des circonstances où il faut être en urgence capable de penser en dehors de la boite des questions…!
    On se retrouve alors dans des approches plus Zen, tel celle du héron dans son étang qui ne regarde nulle part en particulier, et qui est pourtant capable de saisir un poisson quand il passe; ou des approches plus psychanalytiques telles « l’attention également flottante » afin de ne pas être dans une écoute filtrante et polarisée; ou telle « la libre association ».

    Cette liste risque de faire de bons executants-esclaves mais pas des créatifs.

    « Interrogativement vôtre, »: Peirce, l’inventeur de la sémiotique (science des signes) moderne, range l’interrogation dans l’affirmation car l’interrogation est est déjà une affirmation mais sur un mode interrogatif (!); un peu comme Freud dira que la passivité n’existe pas, car le « passif » est quelqu’un qui se met activement en position passive !

    « Alors ? Savez-vous déjà quel sujet mérite votre attention ? »: le sujet qui mérite toute mon attention c’est… MOI, car à travers ce qui précède je suis amené à me méfier de moi-même. En effet, si dans l’action, qui se veut pragmatique, je me dois de fixer des objectifs (plus le pragmatisme de Peirce que de William James), je me dois d’être en état d’évaluation permanente dans le mouvement de l’objectif en train de se faire, d’être en état d’éveil et de vigilance permanente si jamais le déroulement de la poursuite de mon objectif demandait un changement de processus voire d’objectif…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *