Le jour se lève

03 Jan 2020

“Comment reconnaît-on le moment où la nuit s’achève et où le jour se lève ?” – Demande un maître à ses disciples.

“Lorsqu’on peut distinguer le chien du loup !” – s’empresse de répondre l’un d’entre eux.

Le Maître secoue lentement la tête et regarde les autres.

“ Quand on peut différencier un figuier d’un olivier !” – suggère un autre.

Le maître secoue une fois de plus la tête et explique :

“ Quand, voyant un inconnu sur votre chemin, vous reconnaissez en lui un ami, alors le jour se lève et la nuit prend fin.”

Je vous souhaite d’innombrables rencontres avec des amis en 2020.

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: janvier 6, 2020 at 11:10

    Joli texte montrant l’art de la métaphore et de l’allégorie: se faire l’hôte (le jour) de l’hostile (la nuit)(hospitalité et hostilité ont même étymologie: être hospitalier c’est se faire l’hôte de « l’inquiétante étrangeté » par essence hostile).
    La nuit la vue est suspendue et tout parait hostile… surtout pour ceux dont la vue est le sens prioritaire. Voir le jour est donc se défaire de voir uniquement avec la vue, d’être esclave de la vision scopique. C’est une exhortation à l’abstraction du visuel, sens éminemment trompeur.

    Ce texte évoque Lao Tseu:
    « Le grand carré n’a pas d’angle »
    « La voie qui est la la voie n’est pas la Voie »
    « Le but n’est pas le but, c’est la Voie »

    Distinguer le chien du loup, le figuier de l’olivier c’est distinguer des objets déjà connus. Le jour se lève quand j’accepte de me confronter à l’inconnu quitte à assumer l’inquiétude de découvrir des objets que je ne connaissais pas déjà.
    Ce texte est (presque) une réponse à la bulle précédente: être sur le podium, être le premier c’est rester dans la nuit d’une compétition reposant sur des critères qu’on connait déjà. C’est être sourd (en raison de l’objectif polarisant qu’on s’est fixé) à ce qui pourrait émerger de radicalement nouveau et étranger: « les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde » (Wittgenstein: 1889-1951).

  2. Patrick Bourg Says: janvier 6, 2020 at 2:15

    On a souvent fait le lien entre psychanalyse et bouddhisme zen: ceci pourrait en être un exemple. Le maitre serait la métaphore de la psychanalyse et les deux élèves celles de la psychologie traditionnelle.
    La différence entre a psychologie traditionnelle et la psychanalyse est la suivante et concerne la définition de la conscience et de son corollaire l’inconscient. Pour la psychologie l’inconscient c’est du non conscient au sens du non vu. Pour la psychanalyse l’inconscient c’est du non lié alors même que je le vois: en d’autres termes, je peux très bien avoir devant les yeux des objets dont je suis conscient mais dans l’inconscience du ou des liens qu’ils entretiennent les uns avec les autres. L’exemple classique étant celui d’un détective qui chercherait un objet qu’il a pourtant devant lui mais sans savoir que c’est l’objet qu’il recherche (c’est cela le « non lié »).
    C’est un peu cela le statut de l’inconnu, de l’étranger (par exemple dans les sciences): j’ai beau voir tomber des objets (« quand voyant un inconnu sur votre chemin ») sans être conscient de la loi de la chute des corps: le scientifique cherchera à faire émerger le jour de la nuit c’est à dire à formuler cette loi structurelle à la chute des corps (et ainsi je m’en ferai un ami par le simple fait d’avoir nommer cette loi, « alors le jour se lève » et donc de la rendre utilisable) là où un autre aurait passé son chemin.

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