Le bambou et la fougère

30 Mai 2019

Une jeune femme va voir une vieille sage et lui demande de lui apprendre à supporter la tristesse, la solitude et son manque de détermination.

La vieille sage pointe alors vers une magnifique forêt de bambous. « Quand je suis arrivée ici, il n’y avait rien que de la terre aride. N’ayant que des graines de bambou et des graines de fougères, je les ai semés et arrosés soigneusement.

La fougère a rapidement pointé son nez. Mais aucun bambou. La deuxième année la fougère est revenue en force, mais aucun bambou. Et ainsi de suite jusqu’à la 5e année où – à ma grande surprise – des pousses de bambou ont surgi dans les fougères !

Regarde cette forêt ! – pendant toutes ces années le bambou a fortifié ses racines avant de pouvoir pousser vers le haut ! – peut-être n’es-tu pas perdue, mais es-tu simplement en train de fortifier tes racines ? »

Et vous qu’êtes-vous en train de fortifier avant de pouvoir aller plus loin ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Bourg Patrick Says: juin 3, 2019 at 11:07

    Ce que raconte cette vieille sage mérite d’être interpréter comme une allégorie: une manière de dire simple pour faire entendre autre chose de plus complexe (comme les Fables de La Fontaine par exemple). On pourrait dire approximativement que la différence entre la fougère et le bambou est celle entre la psychologie traditionnelle et la psychanalyse, ou d’une manière plus large entre les philosophies conscientalistes (rien n’existe en dehors de la conscience et des faits qu’elle saisit) et les philosophies qui ne font pas de la conscience un préalable.
    La fougère évoquée par la sage est une métaphore du visible, qui règne en dictateur sur nos vies pendant une grande partie de notre enfance (l’intelligence abstraite apparait entre 11 et 13 ans) et parfois toute la vie pour d’autres. Il ya un primat du visible qui témoigne (‘testis’ en latin… qui a donné ‘testicule’ et le primat du phallique dans l’inconscient humain (homme et femme confondus)).
    Le bambou et ses rhizomes invisibles seraient du côté d’une métaphore de l’inconscient (« ce qui opère pour constituer » Lacan), à savoir cette dynamique souvent invisible et qui est l’élément moteur, souvent caché.
    Déplacer son attention du visible de la fougère vers la dynamique en partie invisible du bambou implique le deuil de ce primat du visible et de la conscience (du style « je ne crois que ce que je vois »): d’où la réflexion de ce grand psychanalyste français (JB Pontalis): « on ne croit qu’en ce qu’on voit, car on ne voit qu’en ce qu’on croit » !!! La croyance (conceptuelle entre autres) précède notre capacité à voir. René Thom (médaille Fieds de mathématiques) faisait remarquer, qu’à une exception près, les découvertes scientifiques ont toujours été précédé par une découvertes conceptuelle (la découverte du rhizome du bambou précède): voilà effectivement ce qu’il faut fortifier: cette quête de la dynamique invisible.
    La quête de la psychanalyse est bien celle de nos racines (aussi bien biologiques (le ‘ça’ freudien) que culturelles (le ’surmoi’)) qui existe bien avant que le bambou devienne visible.
    Quand à la fougère, je ne peux pas m’empêcher de rappeler que c’est à propos de la fougère que la bisexualité en biologie a été évoqué car celle-ci possède la double polarité mâle et femelle sur ses feuilles (comme 80% des plantes ).
    On peut aussi voir dans le bambou une métaphore du féminin qui se développe silencieusement avant de se voir: « on ne nait pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir): en effet, l’enfant dans le primat du visuel, en déduit que les petites n’ont pas de zizi (puisque seul celui ci se voit; à la différence du vagin abstrait). La conscience du vagin (organe en creux) se fera beaucoup plus tard lorsque les pousses du bambou deviendront visibles (lorsque les différentes fonctions du vagin seront palpables: règles, exploration de son corps, sexualité, maternité).
    Le conseil donné par la sage est très important: « fortifier ses racines » et non fortifier ce qui se voit (que ce soit les feuilles de la fougère ou les pousses de bambous). Le gland (!) est plus important que le chêne… car il le contient en puissance ! Certains hélas font le contraire en fortifiant les organes qui se voient: en gros, ça s’appelle l’hystérie et son primat du phallus (credo de l’ego psychologie made in USA… ou du body building) !

  2. Patrick Bourg Says: juin 3, 2019 at 12:15

    Last but not least !
    « supporter la tristesse, la solitude et son manque de détermination »: le rapport avec ce qui précède peut ne pas sembler évident… et pourtant: « tristesse, solitude, manque de détermination » tournent autour d’une problématique commune: l’absence, le manque avec laquelle il faut apprendre à vivre (nommé ‘privation’ chez Aristote et ‘castration’ chez Freud). D’où l’allégorie de la vieille sage: il faut supporter l’absence des pousses de bambou car il y a, à travers les rhizomes invisibles du bambou, une métaphore d’un manque à voir qui n’est pas un vrai manque; mais une illusion de manque liée au primat que nous accordons au visuel et à ses pleins: c’est d’ailleurs la fonction du divan en psychanalyse: que la vue de l’analyste ne soit pas un trop plein qui sature la capacité de penser de l’analysANT. C’est aussi la fonction du silence, de l’élision en littérature, de la litote, du blanc dans une aquarelle, du non figuratif dans la peinture moderne, etc).
    Un dernier mot sur le « manque de détermination »: cela renvoie à nouveau sur le débat philosophique (déjà abordée) entre transcendance et immanence: avoir une détermination peut s ‘entendre comme le désir d’avoir un objectif, une transcendance d’où l’on tire son énergie à agir (faire un sommet). Mais si l’on est dans l’immanence alors il faut répondre à cette personne que la seule ‘détermination’ est celle de son propre désir (aller en montagne, marcher pour marcher: une existence à l’infinitf !) qui n’a besoin d’aucune objectivation (le sommet qui pourrait venir à manquer), d’aucune détermination autre que celle de son désir brut pulsionnel. Bref cela pourrait se dire: pouvoir supporter son féminin… que l’on soit homme ou femme !

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