La boîte de chocolat

10 Mar 2019

Je m’arrête en extase devant la vitrine d’un chocolatier renommé.

Je pèse le pour, le contre, le plaisir, la dépense, et je décide qu’être seule à la maison pendant les 10 jours à venir mérite bien une consolation chocolatée.

De retour chez moi, je me prépare à partir passer le week-end chez des amis. Que leur apporter ? Une bonne bouteille … ou bien mes chocolats ?

Presqu’à regret, je décide que les chocolats ont plus de chances de plaire à tous.

Ce fut le cas. A la fin de chaque repas, la boîte passe de mains en mains et chacun se régale et commente son plaisir.

J’en fus ravie et un peu honteuse d’avoir pensé garder cette boîte pour moi seule.

Le plaisir de mes amis augmenta considérablement celui que j’eus à goûter ces chocolats.

Et vous ? Que pourriez-vous partager pour en multiplier le plaisir ?

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Gundula Welti

Comments

  1. « Partager » est donc le thème, le prédicat, et la « boite de chocolat », le rhème, le sujet du prédicat comme exemple particulier et illustration de ce thème du partage.
    Cela me fait penser à ce grand thème philosophique du partage, aux différentes conceptions du partage et qui trouve un écho dans les différentes conceptions que l’on peut avoir sur la communication (réalité ou illusion: y a t-il partage de quelque chose dans la communication ?!).
    Pour aller droit au but, Jacques Lacan, qui avait le sens des formules provocantes, disait « s’il y a un acte sexuel, il n’y a pas de rapport sexuel » Comprendre lorsqu’on fait la bête à deux dos, il y a certes un acte sexuel mais il n’y a pas de rapport sexuel car chacun est dans son solipsisme, chacun a sa propre traduction de cet acte; et comme tout lecteur il réécrit le livre qu’il est en train de lire (notion d’inter texte chez Julia Kristeva et Barthes): le livre, l’acte sexuel est pourtant le même mais sa lecture, sa traduction, son vécu n’est jamais le même puisqu’il est personnel. « Tradutore, traditore » (traducteur, traitre) rappelle Freud (c’est pour cela que le psychanalyste préfère laisser à l’analysANT le soin d’interpréter c’est à dire de traduire car ça diminue le nombre de traducteurs donc de traitres) !
    Certes on peut partager un objet (couper en deux son manteau, partager les chocolats de la boite) mais le partage de la traduction et du vécu qu’on en fait est illusoire: on ne voit pas finalement le même film, ou le même accident (d’où la fragilité des témoignages). Je ne partage donc pas le goût des chocolats ou du vin mais je partage la boite, la bouteille ou le même lit !

    Par contre, ce texte indique bien qu’en partageant la boite j’augmente MON plaisir: « Le plaisir de mes amis augmenta considérablement celui que j’eus à goûter ces chocolats ». Leur orgasme augmenta considérablement le mien: c’est bien connu !
    C’est alors que ce partage se démasque, je n’ai pas partagé uniquement par altruisme mais pour augmenter mon plaisir personnel (qu’aurait été ma réaction si l’autre avait été frigide devant MES chocolats ?!): voilà un exemple de ce type particulier de don et de partage que Marcel Mauss appelle le potlacht: je te donne du plaisir pour qu’en retour tu me fasse le contre don de ton plaisir (même si je ne peux le partager qualitativement, car sa qualité n’appartient qu’à nos traductions personnelles): on n’est pas très loin du billet sur « se rendre utile » à l’autre… pour exister.
    L’illusion du partage est primordiale car elle me permet d’exister, ce qui n’est pas rien. Par contre, la digestion de ce qui est partagé n’appartient qu’à moi et est intransmissible; certes je peux en parler à ‘autre, mais la traduction qu’il fera de mes propos… sera la sienne et il y aura toujours un intraduisible.

    « Et vous ? Que pourriez-vous partager pour en multiplier le plaisir ? »: partager des manières de penser différentes en espérant qu’il y ait possibilité de grossesse multiples et d’accouchements intellectuels; même si on sait qu’il y a beaucoup de réfractaire à « l’épreuve de l’étranger » et donc au partage !!! Pour partager il faut être deux et se laisser pénétrer : voilà pourquoi il y a une topologie commune au rapport textuel et sexuel !!!

    « Qu’on dise, se cache derrière ce qui se dit, dans ce qui s’entends »: toute l’illusion et la difficulté du partage et de la communication résumée par Lacan dans une formule dense et lapidaire !!!
    Last but not least: vaut mieux partager une boite de chocolat avec des amis que son conjoint… le partage a ses limites (quand même) que la raison ne connait pas !

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