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Jamais assez ?

25 Oct 2019

“Nous ne pouvons jamais avoir assez des choses dont nous n’avons pas vraiment besoin. » David Allen

Un p’tit Apérol Spritz ? … je n’en ai pas vraiment besoin, mais quand mon verre est vide, j’aimerais bien un deuxième.

Une autre paire de chaussures ? – vue ma collection existante, je n’en ai pas besoin et je n’ai plus de place.

Une augmentation ? – en fait je gagne pas mal ma vie, en ai-je vraiment besoin ?

Je me suis amusée cet été à évaluer les choses dont je n’ai jamais assez. Et puis j’ai changé d’angle pour me demander si j’en avais besoin. Et la réponse était systématiquement la même. Non.

Cet indicateur est une tête chercheuse des choses qui nous encombrent et qui ne nous satisferont jamais.

Il m’a permis de changer un grand nombre de mes habitudes.

Et vous ? De quoi n’avez-vous jamais assez et qui mériterait votre attention ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: novembre 25, 2019 at 11:22

    Tu vas croire que je me répète mais ce texte appelle cette répétition. Ce texte pourrait permettre d’expliquer la différence entre psychologie et psychanalyse: « la psychologie s’intéresse à l’objet du désir alors que la psychanalyse prends le désir comme objet ». Dans cette optique ta question terminale « De quoi n’avez-vous jamais assez et qui mériterait votre attention ? » est plus psychologique que psychanalytique car centrée sur l’objet via le « de quoi ?».
    Or l’objet, l’ob-jet est étymologiquement « ce que l’on jette devant soi »: « il n’y a point d’objet en dehors du concept qui le saisit » Kant.

    Besoin vs désir: « je n’en ai pas vraiment besoin, mais quand mon verre est vide, j’aimerais bien un deuxième, « Quand mon verre est plein je le vide, et quand il est vide je le plains »: les vignerons bourguignons du Clos de Vougeot !
    : Un ‘besoin’ qui n’est pas satisfait par son objet s’appelle un désir ! Exemple de l’obésité infantile où le plaisir de la succion et le désir du sein maternel (qui dépasse largement la boite à lait !) est confondu avec un besoin alimentaire centré sur l’objet de la succion (le lait): d’où le test de la tétine: si l’enfant rejette plusieurs fois la tétine c’est qu’il a faim, s’il s’endors avec la tétine c’est qu’il désirait têter et reproduire le plaisir de la succion).
    « vue ma collection existante, je n’en ai pas besoin » (d’où la référence au désir qui dépasse le besoin physiologique même si celui-ci lui a servi d’étayage: c’est lors d’une collation lactée justifiée par la faim que je découvre la chaleur maternelle, son regard, etc.).
    Le terme de « collection » est intéressant car il renvoie à la notion de perversion (y compris dans des cas anodins comme la collection de boites d’allumettes de Jacques Prévert). On peut en rapprocher le « encore un » de l’alcoolique, du boulimique ou du fumeur qui pointe l’aspect obsessionnel, répétitif et compulsif du pulsionnel: pervers est ici à entendre au plus près de son étymologie de « dévier vers » comme un trou noir qui aspire tout (la pulsion comme « potentiel attractif en un espace » (cité par René Thom)).
    « Une augmentation ? »: Cela jette un regard intéressant sur certains aspects de la contestation social: si celle-ci est parfois justifiée par un pouvoir d’achat vraiment trop bas mais elle est aussi parfois du type de l’exemple des chaussures c’est à dire de quelqu’un qui est piégé par la société de consommation comme société à potentielle toxicomaniaque: encore plus.
    « Cet indicateur est une tête chercheuse des choses qui nous encombrent et qui ne nous satisferont jamais. »: on retrouve la problématique de la bulle précédente sur la marche (ou le voyage) dont la répétition n’est très peu liée à la personne qui nous accompagne. La pulsion est indépendante de son objet; à l’instar du plaisir de voir (se rincer l’oeil) qui est en grande partie indépendant de son objet vu.

    « Et vous ? De quoi n’avez-vous jamais assez et qui mériterait votre attention ? »: on en arrive ainsi à la question qui pose problème: le « de quoi » renvoie à un objet et fait donc négliger le processus pulsionnel à tendance obsessionnelle indépendant de l’objet qui semble (mais semble seulement) le satisfaire: la preuve: il faut recommencer, encore et encore: la marque de la pulsation cardiaque du pulsionnel ! On peut légitimement dire que cette question est psychologique, et non psychanalytique, pour cette raison même.

    Frustration, privation, castration suivant la nature de l’objet (réel, symbolique, imaginaire):
    Le consommateur qui ne peut pas se satisfaire avec son objet réel et habituel est frustré. Si en plus cet objet est symbolique (comme la liberté pour le prisonnier) on est privé et enfin si l’objet est vécu comme une partie de soi-même, à mon image alors c’est la castration qui prime (exemple d’un homme qui s’estime ‘foutu’ après un infarctus du myocarde car il estime que son coeur abimé nuit à la totalité de son image: je suis devenu une merde dit un patient déprimé après son infarctus) . Bien entendu, le même objet peut être vécu selon ces trois perspectives: frustration, privation, castration selon que l’objet est respectivement réel, symbolique ou imaginaire.

    « Ainsi, lorsque Lacan avance la théorie des trois ordres (Réel, Symbolique, Imaginaire), il le fait en s’appuyant sur ses réflexions concernant la nature, non du langage en général, mais de l’humain, l’être parlant (qu’il surnommera le parlêtre). Le fait d’apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît le Réel, ce qui ne peut être nommé, ce qui ne relève pas du langage. Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, il organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons nés, cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l’appelle le symbolique. Quant à l’imaginaire, il désigne la manière dont le sujet se perçoit par le truchement des autres et du langage dans lequel il se trouve ».
    « La théorie lacanienne est à ce point tournée vers le langage qu’on peut en déceler l’importance dès son travail sur le stade du miroir. Lorsque l’enfant fait la différence entre l’image et la représentation, qui est exactement ce que décrit le stade du miroir, il ne fait rien d’autre que découvrir le signe, c’est-à-dire ce qui est mis là pour autre chose, qui désigne cette chose et qui pourtant ne l’est pas ».

    « Au delà du principe de plaisir » qui consiste à répéter le plaisir, il y a le plaisir de la répétition, de la compulsion de répétition: plaisir de la répétition (propre du pulsionnel) vs répétition du plaisir: voilà notre ambivalence.

    Ces « encore », « jamais assez », « augmentation » renvoient tous à l’idée de manque si central à la psychanalyse. On peut faire remarquer que pour beaucoup le propre de l’art serait d’organiser le manque au lieu de le dénier. Ainsi une belle aquarelle qui laisse du blanc sur le papier, l’art de la littérature qui est l’art de l’omission (Stevenson), ainsi l’érotisme avec ses jeux de cache-cache (apparaitre-disparaitre) d’un enfant devenu adulte, etc.
    Ce thème réapparait avec « changer un grand nombre de mes habitudes. »: l’habitude n’est elle pas liée à la répétition même, au désir rassurant de la répétions comme retour du même, de l’immuable (« sameness » des autistes); qui endigue l’angoisse comme « vertige du possible » ?
    Hume a même dénoncé cette habitude qui corrompt notre capacité à penser en postulant que ce que nous répétons est vrai alors que c’est d’abord une habitude.

    Un exemple issu de l’histoire des idées philosophiques me permettra d’illustrer plus avant mon propos sur la pertinence ou l’impertinence de l’objet sur lequel s’appuie notre discours: le débat fictif entre Jean Paul Sartre (1905-1980) et Hanna Arendt (1906-1975) sur la question juive.
    Arendt pensait que l’anti sémitisme était lié à son objet c’est à dire l’histoire des juifs. Sartre pensait le contraire, à savoir qu’il y a dans l’être humain de la xénophobie universelle et que de manière manière contingente celle-ci s’est surtout concentrée et illustrée sur les juifs (mais pas que, la couleur de peau ou a nationalité font aussi l’affaire). Et on voit les conséquences si l’on veut lutter contre l’antisémitisme suivant la conception qu’on adopte.
    Lutter contre Hitler, Franco et Mussolini et leur parti n’est pas la même chose que lutter contre les mécanismes intrinsèques au fascisme (c’est à dire sa structure). Se contenter de lutter contre les premiers fait encourir le risque de voir revenir le fascisme masqué sous une autre figure. Il est plus efficace de s’attaquer au principe régulateur qu’à ses conséquences, qu’à ses révélateurs humains.
    « Les institutions humaines elles aussi sont des structures dont le tout, c’est-à-dire le principe régulateur, peut être donné avant les parties, c’est-à-dire cet ensemble complexe constitué par la terminologie de l’institution, ses conséquences et ses implications, les coutumes par lesquelles elle s’exprime et les croyances auxquelles elle donne lieu. Ce principe régulateur peut posséder une valeur rationnelle sans être conçu rationnellement ; il peut s’exprimer de façon arbitraire, sans pour autant être privé de signification»
    Claude Levi-Strauss (Structure élémentaire de la parenté)

    Il faut aussi citer les « Précipitation quantitive du sadisme » (Deleuze) proche du « encore »: l’oeuvre de Sade est pleine de prescriptions de longues listes de choses à faire et refaire (ce qui fait de lui un philosophe moraliste ! malgré les apparences !): la plus célèbre étant « Foutez, foutez, foutez »: le pulsionnel du sexuel dans tout sa brutalité animale sans objet (car n’importe quel objet fera l’affaire): « peut importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ».

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