Difficile ou inhabituel ?

28 Sep 2019

Lors des événements réseau, mon parcours était très efficace. Coup d’œil sur le badge, bonjour à l’inconnu, présentation réciproque, questions/réponses et puis, la panne : comment mettre fin à cet échange pour aller vers d’autres personnes ?

Gêne de part et d’autre. On prétend avoir un autre rendez-vous ? On rit en déclarant avoir besoin d’un café… ?

Jusqu’au jour où j’ai osé remercier pour l’échange, serrer la main de l’autre chaleureusement en souhaitant avoir le plaisir de le croiser à nouveau.

C’était inhabituel. – Certes ! Était-ce difficile ? Non.
En fait, l’autre était soulagé et reconnaissant que je prenne l’initiative de mettre fin à l’échange.

Et vous ? Que pourriez-vous considérer comme inhabituel plutôt que difficile ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: octobre 15, 2019 at 11:48

    Jacques Lacan, le psychanalyste, disait que les deux moments les plus importants d’une séance de psychanalyse était le début et la fin de la séance !
    Il voulait signifier la présence du complexe de castration transféré, projeté dans le ici et maintenant de la séance. Ce sont les changements, les ruptures de chronicité, l’improbable, le possible qui nous angoissent. Ce phénomène, de plus, semble universel puisqu’on le retrouve en électricité lorsqu’on ferme ou on ouvre un circuit électrique: il y a production d’une étincelle (force contre électro motrice de rupture qu’on évite éventuellement en mettant un condensateur).

    « Que pourriez-vous considérer comme inhabituel plutôt que difficile ? »: l’inhabituel !!! L’inhabituel est le paradigme même de notre angoisse de castration. Il est, par exemple, à la base d’inhibition intellectuelle qui justement nous demande de faire « l’épreuve de l’étranger » (Novalis). Et de l’inhibition textuelle à l’inhibition sexuelle, il n’y a qu’un pas modulo l’épreuve de cet inhabituel (comme point commun). Et cet inhabituel est… très très difficile à supporter !
    « Quoi je te vois par un mot nouveau retenu / voudrais tu n’entendre que le déjà connu ?! »: Méphistophélès, le diable, au Dr Faust (Goethe).

    D’où les enfants qui veulent qu’on leur raconte toujours la même histoire de la même manière ! Et on peut être enfant à des âges très avancés !
    Cette idéologie de non changement, de l’habituel pour endiguer l’angoisse de l’inhabituel, rencontre (hélas) un grand succès en politique: « que tout change pour que rien ne change » (on change juste la couleur de la peinture…), sous le masque de la sécurité, de la propreté, du changement dans la continuité, des traditions, etc.

    Mais il faut tenir compte d’un élément plus complexe: l’acting out.
    Mettre fin à un entretient peut être une très bonne chose, logique, rationnelle, utile, pertinente. Mais ça peut être aussi un acting out: c’est à dire que devant un moment relationnel inquiétant, étrange, flottant, angoissant (et par là même intéressant si j’arrive à mettre des mots sur cette angoisse: auto-nomie), je ‘préfère’ la fuite sans m’apercevoir que c’est une fuite. Bon nombre de psychothérapie s’arrêtent ainsi prématurément car devant l’arrivée de thématiques inconscientes inquiétantes, angoissantes, la personne en analyse y met fin en arrêtant son analyse. Et il est très facile de rationaliser cet arrêt (je vais bien, mes problèmes qui ont motivé mon analyse ont disparu, etc) et ainsi d’ignorer le surgissement d’éléments inconscients que cet acting out de l’arrêt va étouffer.
    Ainsi cette patiente voulant arrêter son analyse car ces troubles avaient disparus et regrettant cet arrêt car elle prenait beaucoup de plaisir à venir à ses séances. Je lui fit remarquer alors que cet arrêt rangeait l’analyse dans le cadre de l’utilité thérapeutique et évacuait hors de l’analyse le plaisir qui serait le seul motif à continuer cette analyse ! L’arrêt de l’analyse allait donc lui permettre d’éviter d’avoir à parler du plaisir ! Son analyse allait donc pouvoir commencer !!!

    Il est probable que bons nombres de rupture de couple soient de cet ordre. Je préfère rompre, arrêter cette relation plutôt que d’admettre qu’en partie ce que je ne supporte pas chez l’autre sont des ‘défauts ‘ que j’ai en commun avec lui, et que que je refuse de voir ! On voit alors que le soulagement dont il est fait état dans cette bulle n’est pas forcément toujours un ‘bon’ soulagement puisqu’il peut être une fuite inconsciente devant un message que j’aurais pu décrypter si j’avais attendu avant d’arrêter trop vite !

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