Autant faire ce que vous aimez

13 Sep 2019

Aux étudiants d‘une université américaine, l’acteur Jim Carey expliquait que nos choix sont toujours motivés soit par la peur, soit par l’amour.

Son père voulait être acteur mais par peur de ne pas subvenir à ses besoins, il est devenu comptable et s’est fait licencier au bout de quelques années.

Même nos choix guidés par la peur sont des choix risqués. Alors, autant choisir ce que l’on aime. Au moins, nous aurons fait ce qui nous plait vraiment !

Et vous ? Faites vous ce que vous aimez ou bien écoutez-vous plus vos peurs ?

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: septembre 15, 2019 at 4:10

    AUTANT FAIRE CE QUI VOUS FAIT PEUR !!!

    « nos choix sont toujours motivés soit par la peur, soit par l’amour »: cette déclaration m’intrigue et (me) pose problème.

    « Nous n’avons jamais peur que de nos désirs » affirmait Jacques Lacan. C’est effectivement ce que nous apprends la phobie avec ses évitements. L’étude des névroses (la phobie étant l’une des trois à côté de la névrose obsessionnelle et de l’hystérie) nous apprends qu’elle met en scène nos désirs refoulés; et que nos symptômes névrotiques nous montrent (sous une figure déguisée et déformée) le retour du refoulé sous l’aspect d’un compromis névrotique entre le désir et son interdit. La peur, la phobie est donc liée à nos désirs, qu’elle met en scène comme désir devant être évité (car censuré par notre surmoi). Donc en cédant à sa phobie, via l’évitement, on cède sur son désir.
    Lacan avait une analyse très pédagogique de la névrose sur la façon dont s’illustre notre désir. Dans la phobie, le désir se manifeste comme devant être évité, dans la névrose obsessionnelle, nous désirons un objet impossible, dans l’hystérie, nous désirons un objet forcément décevant. Dans les trois cas le désir n’est jamais assouvit pleinement ou alors sous une forme dégradée (car reflétant le compromis névrotique issus du combat entre le désir et son interdit).

    « autant choisir ce que l’on aime »: si je me contente de choisir ce que j’aime, je me contente donc du déjà connu; et de ce fait je me condamne à ne rien découvrir de nouveau car le nouveau fait peur. « Je te vois par un mot nouveau retenu, ne voudrais tu entendre que le déjà connu ? » (Méphisto dans le Faust de Goethe). C’est donc aussi en affrontant nos peurs que nous risquons d’élargir notre monde et de satisfaire nos désirs refoulés. De plus, nous aimerons des choses que nous refusions jusque là. Globalement nous n’aimons pas (expression négative de l’amour proche de la peur) ce que nous ne connaissons pas, ce qui nous est étranger (retour sur Heimlich vs unheimlich: « l’inquiétante étrangeté-familiarité »); or grâce à Novalis nous savons que « la culture c’est l’épreuve de l’étranger », donc de nos peurs ! J’aurais donc préféré que la conclusion de Jim Carey soit « choisissons l’amour de nos peurs et méfions nous de ce que nous aimons; et qui risque de nous aliéner dans une chronicité routinière destructrice » ! « Le principe de plaisir a partie liée avec la pulsion de mort » Freud.

    On voit donc qu’opposer peur et amour est très réducteur. En effet, la peur met en scène nos désirs des choses que nous aimons mais que nos interdits inconscients nous demandent d’’éviter sous formes de peur. Et de l’autre côté ne faire que les choses qu’on aime nous aliène au déjà connu et donc à l’immobilisme. On voit ceci très facilement à l’oeuvre dans l’éducation culinaire d’un enfant, prêt à manger toujours les plats qu’il aime et rejeter ce qui lui fait peur c’est à dire le nouveau, l’étranger. Les choix guidés par l’amour n’en sont pas moins risqués que ceux guidés par la peur !

    « nos choix sont toujours motivés soit par la peur, soit par l’amour »: si c’est la peur qui me fait éviter un objet ou l’amour du déjà connu qui me pousse vers lui, alors il n’y a pas de « choix » puisqu’il y a aliénation à une peur qui ‘décide’ « à l’insu de mon plein gré » ou un amour qui m’aliène au familier: dans les deux cas il n’y a pas vraiment de « choix ».

    Il y a lieu de distinguer la peur objective de la phobie (peur subjective). La plupart des peurs comportent un pourcentage non négligeable de phobie (la phobie amplifie à l’excès cette peur objective). Le respect d’une peur objective me permet de rester vivant en montagne. Par contre, sa composante subjective (phobie) risque de m’entrainer vers une composante hystéro-phobique qui amplifie jusqu’à la démesure ce que cette peur avait de rationnelle… et de provoquer la chute que je redoute, car mon attention s’est concentrée sur cette phobie et m’a fait oublié ma technique d’escalade qui m’aurait permis de passer avec succès ce passage qui me faisait peur, non sans raison.

    « Au moins, nous aurons fait ce qui nous plait vraiment »: NON car ce qui nous plait vraiment n’est pas le gage de mon évolution, de ma liberté qui repose sur l’affrontement de mes peurs qui limitent ma découverte du monde. «L’angoisse est la réalité de la liberté comme possibilité offerte de la possibilité» Kierkegaard (1813-1853). L’angoisse est dite « une peur sans objet ».
    Là où se trouvent mes peurs-phobies, se trouvent pour moi la possibilité de découvrir ce qui me manipule de l’intérieur dans mon inconscient: en nommant celles-ci j’élargis mon auto-nomie et donc la dimension de mon monde.

    Il y a une autre problématique laissée dans l’ombre dans le «autant choisir ce que l’on aime » : cette phrase indique que l’objet est premier dans le « CE que l’on aime » et n’envisage pas l’option spinoziste: « nous ne désirons pas une chose parce qu’elle nous est bonne mais contraire c’est parce que nous la désirons que nous la disons être bonne » (le désir est l’une des trois figures de l’amour). Mon désir, ma pulsion est indépendant de l’objet qui le (la) satisfait.

    Nous sommes donc devant une réflexion superficielle dans le sens où aimer aussi bien qu’avoir peur sont des effets de surface qui ne renseignent par sur la nature profonde des choses. Or on vient de voir que la peur comme l’amour ont leurs avantages et inconvénients, dès qu’on approfondit.

    En conclusion, Jim Carey, tout acteur talentueux qu’il soit, ne me semble pas être un grand penseur ! En tout cas, il est un exemple de l’ego psychologie made in USA qui s’intéresse plus à la surface des choses (c’est à dire aux objets de nos désirs) qu’à la profondeur de ces choses (c’est à dire au désir pris comme objet: la logique intime de nos désirs indépendante des objets de nos désirs).

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