94

29 Juin 2019

Avant de vous quitter pour l’été je vous propose de vous imaginer vous-même à l’âge de 94 ans, sage, plein d’expériences, confortablement installé sur un banc.

Vous y êtes ?

Cette version plus âgée de vous même – ayant déjà vécue votre vie – elle aurait envie de vous donner quel conseil – à la version plus jeune qui est en train de lire ce message ?

Fermez les yeux et écoutez le premier conseil qui vient.

Et si vous suiviez son conseil cet été ? Au plaisir de vous retrouver à la rentrée !

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Gundula Welti

Comments

  1. Patrick Bourg Says: juin 30, 2019 at 1:40

    « L’inconscient ne connait pas le temps », « j’aimerais que la mort me surpris en train de cultiver mon jardin ».
    Le temps chronométrique est une illusion (à quelques détails de performance sportive près…): je vis mon présent, en répétant à l’infini les éléments de mon passé qui m’ont construits, et seront ainsi les éléments de mon futur.
    « … à l’âge de 94 ans, sage, plein d’expériences »: « L’expérience est le nom qu’on donne à ses erreurs » ! « se tromper, se tromper encore, se tromper en mieux » !
    L’expérience me semble en grande partie une illusion qui essaie de nous convaincre que la vérité viendrait de notre confrontation au réel. Or cette confrontation nous la faisons avec nos a priori théoriques, qui sont toujours un préalable à nos expériences de la vie; si bien que ce que appelons expérience n’est jamais qu’une mise à l’épreuve de nos théories (qui elles sont premières), de nos philosophies a priori du monde. L’expérience, pour peu qu’on soit attentif à ce que nous expérimentons (comme un scientifique), nous apprends si nos a priori théoriques sont pertinents ou non. Donc ce que nous appelons expérience c’est juste une mise à l’épreuve de nos théories implicites ou explicites sur la vie. L’expérience est juste un encouragement à rendre explicite nos théorie à travers lesquelles nous expérimentons la vie; et ceci dès le plus jeune âge ainsi que nous l’enseigne le pédiatre psychanalyse anglais Winnicott lorsqu’il parle du « bébé théoricien ». Si je suis un daltonien de la vie mon expérience du ‘rouge’ sera toujours teinté de vert ! « Nous ne connaissons a priori des choses que ce que nous mettons nous mêmes » (Kant):
    * ‣« Ah mais l’ennui c’est cela, simplement cela. C’est que dans tout ce qui existe -ciel, terre, univers- dans tout cela, il n’y ait que moi ! » Pessoa
    * ‣« le moi apparait en philosophie du fait que le monde est notre propre monde » Wittgenstein (1889-1951)
    * ‣« Qu’y a t-il d’autre dans le ciel qu’une teinte qui ne lui appartient pas ? » Pessoa (car c’est mon oeil qui colore en bleu la longueur d’onde émise par le ciel).

    Aussi le conseil que je me donne est de sortir du temps chronométrique pour aller vers un temps conceptuel assumé car c’est au nom de mes a priori conceptuels que je fais l’expérience de la vie; et non l’inverse comme voudraient nous le faire croire certains empiristes pour qui nos théories nous seraient suggérées par l’expérience de la vie (sur les bases d’une neutralité, d’une virginité première). L’histoire des sciences nous apprends que la quasi totalité des découvertes ont été précédée par une découverte, une hypothèse théorique, qu’ensuite nous avons mise à l’épreuve dans une expérimentation: « l’espace est isomorphe des concepts qui le saisissent » (René Thom).
    Donc de la naissance à la mort (temps chronométrique) il faut que je m’interroge sur mes concepts a priori qui sont le véritable temps des choses que j’observe: « le concept est le temps de la chose » (Hegel): temps atemporel !!! C’est le concept d’électron comme hypothèse qui nous a fait découvrir l’existence de l’électron (vérifiée par l’expérience), c’est le pseudo-concept de « race » qui nous a fourvoyé dans une vision erronée du monde (avec quelques millions de mort au passage), vérité rétablie par la génétique des populations.

    À 94 ans on sait qu’on va physiquement mourir (à moins d’être con !). On redoute cette mort, on s’en angoisse (« vertige du possible ») car on ne sait pas quand cela va arriver… aussi faut-il continuer à « cultiver son jardin » c’est à dire à vivre car alors on serait déjà mort psychiquement c’est à dire dans notre humanité. La possibilité de cette mort est aussi l’aiguillon qui nous pousse à vivre (« l’être-pour-la-mort » d’Heidegger) pendant qu’il en est encore temps. Le concept, l’idée de la mort peut nous tuer, nous paralyser (psychiquement) avant même qu’on soit mort (physiquement).
    Mais il y a aussi cette idée qu’on peut être physiquement vivant et psychiquement mort depuis longtemps; tout simplement parce que nos pseudo-concepts erronés nous empêchent de vivre pleinement. Il nous donc mettre à mort ces éléments surmoïques, qui fonctionnent comme une pulsion de mort conceptuelle en nous, à l’insu de notre plein gré.

    Cette version plus âgée de moi-même me pousse donc à sortir de cette version temporelle de moi-même. Si je ne me remets pas en question il est fort probable que la version âgée de moi-même soit structurellement la même que la version plus jeune (seuls les traits physiques auraient changés mais pas la manière dynamique de vivre). On recrute les vieux cons parmi les jeunes cons ! Qu’on se le dise ! La connerie (souvent névrotique et conceptuelle) est atemporelle.
    On remarquera au passage que toute la perversité de notre société de consommation (« time is money ») est liée à la seule prise en compte d’un temps chronométrique; au détriment des autres formes de temps.
    Enfin « penser, c’est croire qu’on a le temps »: d’où l’idée qu’il faut vivre (« cultiver son jardin »(Voltaire), « exister en acte » (Le désir de Spinoza)) même si « penser, c’est agir à titre d’essais ».

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