Un objectif commun

06 Avr 2019

Dans les clubs de sport se fréquentent les bacs moins trois et les bacs plus 10. Raquettes à la main, il n’y a que la passion du sport qui compte.

L’activité sportive semble gommer toutes les différences sociales, religieuses et raciales.

Il se passe le même phénomène dans les négociations. Il y a négociation s’il y a objectif commun. Mettre fin à la grève ou développer une relation client/fournisseur sont 2 objectifs qui permettent de négocier.

Dès que nous avons un objectif commun nous regardons dans la même direction et l’intérêt commun permet de collaborer.

Et vous ? Avec qui partagez-vous un intérêt commun qui ouvre la porte à une collaboration ?

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Gundula Welti

Comments

  1. « Aimer c’est ne faire qu’un. Oui mais lequel ? »: cette réflexion d’Oscar Wilde illustre le sens de ma réponse: il serait illusoire de croire que derrière un objectif commun (l’amour, par exemple)… il y ait… un objectif commun (les conceptions de l’amour sont tellement nombreuses que le quiproquo est à peu près assuré lorsqu’on se range derrière l’objectif commun de l’amour !).
    Quand on regarde le même film ou le même panorama, le terme « même » est très probablement mensonger, en tout cas illusoire. Certes le film ou le panorama est objectivement le même, mais « il n’y a pas d’objet en dehors du concept qui le saisit » (Kant), l’objet en soi est inatteignable car il passe toujours par le filtre forcément subjectif du sujet qui regarde. C’est ainsi que Roland Barthes et Julia Kristeva ont précisé que le lecteur réécrit le livre qu’il est en train de lire: ils ne lisent donc pas le « même » livre même si le livre comme objet est le même.
    D’ailleurs si un objectif « commun » permet de négocier, c’est bien… qu’il n’est pas commun dans sa conception, dans la manière d’y arriver, de le réaliser.
    Quand un homme et une femme font le même sport, on s’aperçoit assez rapidement que le « même » est illusoire car ils ont une manière différente d’envisager leur rapport à ce sport: en escalade pour les uns ce sera l’objectif de la cotation la plus dure alors que pour d’autres ce sera une belle balade dans des paysages sauvages. L’objectif commun, où est-il ?! Et la négociation vient juste révélée que cet objectif n’est qu’en apparence commun ! En résumé, si l’objectif ‘escalade’ a le même « sens » , il n’a pas les mêmes « dénotations-significations » (Frege).
    En pédagogie, on a l’habitude de faire une différence entre le but (‘aim’ en anglais) qui est relativement flou en indiquant une direction et l’objectif qui est beaucoup plus précis (exprimé en terme d’actions pertinentes à réaliser, observables, précises, évaluables)(‘goal’ en anglais).

    Pour affiner la problématique qui est posée par l’objectif ‘commun’, il faut rappeler qu’il y a deux conceptions différentes de l’objectif, ces deux conceptions étant intuitivement suggérées par ce propos: « la fin ne justifie pas les moyens car la fin est dans les moyens ».
    Il y a ceux qui identifient la réalisation de l’objectif au résultat final (arriver au sommet de la montagne, par exemple) et ceux qui ne voit dans le résultat final que la somme des ‘objectifs’ intermédiaires qu’il fallu réaliser pour arriver au résultat final, celui-ci n’étant que le dernier pas de ceux qui ont précédés: c’es le processus, la démarche utilisée à chaque étape qui est mise en avant, le dernier pas qui amène au sommet n’étant qu’un cas particulier de la qualité de tous les pas qui ont précédé (pour arriver au sommet, la justesse technique des pas qui ont constitué l’ensemble du parcours sont aussi important que le dernier pas). Le processus (et l’analytique de celui-ci) est mis en avant par rapport au résultat final observable.
    Ce que résume magnifiquement Wittgenstein : « En logique processus et résultat sont équivalents (comme cela pas d surprise) ».

    On voit à partir de là, à quelles conditions il peut y avoir entente ou mésentente des partenaires: si l’on s’entend sur la qualité du processus, il peut y avoir une entente: plaisir partagé de chaque instant d’une escalade en montagne (dont l’arrivée au sommet ne sera que la cerise sur le gâteau, un accident heureux, l’orgasme final espéré mais n’étant pas là pour imposer sa dictature). Si l’on s’entend uniquement sur l’objectif final (avec l’idée sous-jacente que la fin justifie les moyens), il est fort probable que la déception sera au rendez-vous, surtout si l’un des protagoniste est dans « la fin justifie les moyens » et si l’autre est dans « la fin est dans les moyens ».
    C’est exactement l’analyse que propose le philosophe mathématicien Leibniz (précurseur du calcul intégral) en analysant notre rapport à la mort. Pour lui, la mort qui vient interrompre notre vie n’a pas la même signification suivant qu’on est un enfant qui meurt sans avoir eu le temps de vivre ou qu’on meurt après avoir eu une vie riche et remplie d’étapes intermédiaires: en résumé, la mort (sommet de notre passage sur terre) n’a que la signification des moments de vie qu’on a eu ou non avant de mourrir. De la même manière qu’il n’est pas équivalent d’être déposé en hélicoptère au sommet de la montagne ou d’y monter pas à pas.
    On n’est pas très loin de la problématique entre obligation de résultats et obligation de moyens (un médecin est jugé sur une obligation de moyens même s’il n’arrive pas au sommet du résultat appelé guérison)

    Et enfin, derrière tout cela il y a le solipsisme de l’être humain qui fait qu’il est illusoire de croire qu’on puisse vraiment partager quelque chose (ce qui ne veut pas dire que l’illusion ne soit pas utile). Cela ne nous empêche pas d’essayer et l’exemple type est celui de l’amour: la chrétienté nous a fait croire qu’il y avait un seul et unique amour (ce qui a engendré une énorme confusion et de gros dégâts), là où les grecs dans leur sagesse philosophique Nour avaient signalés trois types d’amour différents: philia (la forme supérieure de l’amour pour les Grecs: l’amitié, que cette amitié concerne ses amis, ses enfants et son conjoint. Montaigne et La Boétie), agapè (l’amour du prochain, ‘Caritas’ en latin: la charité) et éros (l’amour sensuel).

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