Mon frigo est vide

30 Avr 2019

Mon téléphone sonne alors que je suis en train de skier. Mon amie me demande ce que nous faisons samedi soir. Je lui réponds sans réfléchir : « nous rentrons de vacances à 18:30, nous n’avons rien de prévu et comme notre frigo est vide, nous serions ravis de dîner chez vous ! »

Mon mari me dit: « tu es gonflée »

J’ai appris par la suite que mon amie avait appelé pour nous inviter et qu’elle avait trouvé génial que je lui fasse part de mes envies sans fausse pudeur.

Une semaine plus tard, elle m’appelle à nouveau et me pose la même question. Déjà engagée par ailleurs je lui exprime mon regret. Elle me dit alors qu’elle a très envie d’un Gin Tonic dont mon mari a le secret.  

Je l’ai invitée pour l’apéro et sommes ensuite partis à notre dîner.

Quand nous exprimons sincèrement ce dont nous avons envie il y a des fortes chances que l’autre ait envie de nous faire plaisir.

Et vous ? Qu’avez-vous envie de demander sincèrement ?

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Gundula Welti

Comments

  1. « Le désir c’est le désir du désir de l’autre » Lacan (l’autre en soi (le « ça » inconscient) et l’autre en face de soi). Peu importe finalement le contenu de ce désir, ce que je désire… c’est le désir et entre autre celui que je vois chez l’autre en face de moi, et qui me donne l’exemple d’avoir moi aussi le désir d’exprimer mes propres désirs par le truchement de mes propres demandes. Les demandes de l’autre m’incitent à faire mes propres demandes… à moins de stagner dans l’infantile (infant: celui qui n’a pas la parole) et de continuer à désirer névrotiquement, c’est à dire conformément à ce que je crois être le désir de l’autre afin de le satisfaire… comme un enfant sage qui veut le bonheur de sa mère !

    Pas de désir sans demande (qui est le désir formulé concrètement dans le langage), la demande qui délivre de cette attente masochiste d’être deviné par l’autre. La demande, cette impératif éthique du devoir (et pas seulement du droit) de dire JE car c’est en tant que sujet désirant qu’advient mon humanité (l’ « Ethique » de Spinoza, bien sûr).

    Mon mari me dit: « tu es gonflée »: oui dans le sens du « phal » grec qui a donné « phallus », à savoir ce qui donne souffle et vie à un projet en le gonflant… comme une érection. Oui la demande est « gonflante », pour le meilleur comme pour le pire !

    « Quand nous exprimons sincèrement ce dont nous avons envie il y a des fortes chances que l’autre ait envie de nous faire plaisir ». Je remplacerai volontier le « ce dont nous avons envie » par « notre envie » car l’objet (le « ce dont ») n’est qu’un prétexte à la manifestation de notre envie. Ce que veux avant tout l’autre, c’est notre envie et non l’objet de notre envie: l’objet est étymologiquement « ob-jet », « ce que l’on jette devant soi », une manière d’incarner et de rendre visible son envie. Mais l’objet est juste une transition vers mon envie (comme l’aliment n’est rien sans mon appétit et mon appétit est indépendant de l’objet qui va le satisfaire).
    Une fois cette remarque faite, on s’aperçoit que le « sincèrement » du « Qu’avez-vous envie de demander sincèrement ? » ne va pas de soi ! Car même si j’ai beau être sincère quant à l’objet de mon envie, cette sincérité est une rationalisation de mon envie prise isolément et indépendamment de tout objet (à l’instar de la pulsion freudienne). Il n’y aurait donc pas d’objet sincère: « sous les pavés (des objets), la plage (de l’envie) »

    Enfin ce texte utilise le mot « envie » plutôt que celui de désir ou de souhait. Il faut remarquer que l’envie peut être synonyme de désir (mais y a t-il de vrais synonymes s’il existe deux mots différents ? Pour certains une différence mots implique nécessairement une différence de signification, si petite soit elle) et que l’envie est aussi un type particulier de désir: le désir de ce qui est possédé par l’autre (comme dans le fameux complexe d’Oedipe…): le contraire de cette envie est alors la jalousie comme peur de perdre ce que j’ai: envie et jalousie sont alors les faces d’une même pièce, appelé par Freud la castration: avoir ce que je n’ai pas (envie) et peur de perdre ce que j’ai (jalousie) ! Et souvent ce que je n’ai pas, c’est le désir de l’autre: d’où mon envie ! Jusqu’au jour où je comprends que ma quête du désir de l’autre en face de moi, n’est que la projection de la quête du désir en moi (et que souvent je refoule): j’attends alors de l’autre l’expression de mes propres désirs, que je ne peux exprimer faute d’en être conscient.

    Jusqu’à la fameuse chanson: « l’envie d’avoir envie » et qui scelle l’aporie et le solipsisme du sujet désirant ! « Où que nous portions le regard, nous ne voyons que nous même » Lichtenberg !

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